Des professeurs de différentes universités belges lancent un appel à Erdogan
 


Des professeurs de différentes universités belges lancent un appel à Erdogan

Lieven De Cauter (KUL), Anne Morelli (ULB), Christine Pagnouille (ULg) et Patrick Deboosere (VUB) signent une lettre ouverte au président turc.

Monsieur le président,

Nous, professeurs de différentes universités, tenons à exprimer notre vive inquiétude concernant l'état de santé de l'universitaire Nuriye Gülmen et du couple Semih-Esra Özakça, en grève de la faim depuis plus de 10 mois avec l'espoir d'être réhabilités et réintégrés dans leur travail. Ils font partie de ces dizaines de milliers d'employés de la fonction publique licenciés sur base d'un « décret ayant force de loi » adopté au lendemain de la proclamation de l'état d'urgence dans votre pays.

Nuriye Gülmen est une chercheuse en littérature comparée à l’université de Selçuk. Elle a, entre autres, traduit les lettres à Milena de Franz Kafka de l’allemand vers le turc. Le 9 novembre 2016, elle a organisé, seule, un sit-in à Ankara, après avoir été licenciée dans le cadre d’une enquête portant sur ses prétendus liens avec la confrérie Gülen, liens qui n’ont jamais été établis. Le 6 janvier 2017, elle est licenciée par décret, c’est-à-dire sans aucune possibilité de recours, avec 600 autres universitaires à travers le pays. Le 9 mars 2017, elle est entrée en grève de la faim pour réclamer sa réintégration. Elle n’a plus rien mangé depuis.

Semih Özakça est un enseignant du primaire. Il travaillait dans un village de Mardin lorsqu’il a découvert son nom dans une liste de fonctionnaires licenciés par décret. M. Özakça a aussitôt rejoint Nuriye Gülmen à Ankara pour faire valoir ses droits de manière pacifique et a cessé de s’alimenter depuis le 9 mars à l’instar de l’universitaire.
Les enseignants arrêtés

Le 25 mai 2017, les deux enseignants ont été arrêtés et placés sous détention pour appartenance à un groupe terroriste. Après un procès incompréhensible, Semih Özakça a été acquitté sur toute la ligne en octobre dernier tandis que Nuriye Gülmen a été condamnée en décembre à sept ans de prison alors que les mêmes faits leurs sont reprochés. L’incohérence entre ces jugements est d’autant plus flagrante que Mme Gülmen est libre (tout comme M. Özakça) alors qu’elle a été sévèrement condamnée et que 17 de leurs avocats sont toujours en prison pour les avoir défendus.

Les deux enseignants sont devenus des symboles pour des millions de citoyens à travers le monde au point que le 15 janvier 2018, à Strasbourg, même le président du Parlement européen Antonio Tajani a salué leur combat pour « la liberté et la justice ».
«Pas le moindre danger pour votre sécurité »

De toute évidence, l'universitaire Nuriye Gülmen et ses collègues n'ont jamais représenté le moindre danger pour votre sécurité ni pour la stabilité de votre pays. Qui plus est, après avoir enduré leur licenciement, les coups de matraque, les gaz lacrymogènes, les insultes, les calomnies, les gardes à vue, les procès, la prison, la censure, la privation de leurs droits à la défense et plus de 300 jours de grève de la faim, qui a irréversiblement endommagé leurs organes vitaux, ces enseignants sont trop affaiblis pour constituer un danger.

Nous ne comprenons donc pas votre acharnement envers ces personnes dont l'action pacifique ne nuit qu'à eux-mêmes. Votre pays serait sans doute davantage menacé par les troubles en cas de décès de ces enseignants qui demandent l’application d’un droit fondamental, celui de vivre dignement de leur travail. Par conséquent, pour éviter l'irréparable, nous faisons appel à votre bon volonté et vous prions de bien vouloir réhabiliter Nuriye Gülmen et Semih Özakça car aucune raison d'Etat n'est plus sacrée que la vie humaine.

Si nous intercédons en faveur de ces enseignants, c'est parce que nous sommes convaincus que votre pays sera plus fort en préservant la diversité des opinions, le respect de ses travailleurs et les droits de l’homme. Merci donc de bien vouloir réintégrer Nuriye Gülmen et Semih Özakça dans les plus brefs délais.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en l'expression de notre haute considération.


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