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'Les universités vont choisir leurs étudiants, et non l'inverse'

Dès la rentrée universitaire 2018, l'accès des étudiants à l'enseignement supérieur sera conditionné à des « attendus » ­ des connaissances et compétences ­ pour chaque filière. Il s'agit, selon le gouvernement, de lutter contre l'échec scolaire. En réalité, le « plan étudiants » cache une redoutable machine à trier et la mise en concurrence des établissements, dénonce Stéphane Bonnéry, directeur du département de sciences de l'éducation à Paris-VIII (Saint-Denis). Premières victimes : les classes populaires.

HD. Quelle est l'ambiance, aujourd'hui, à Paris-VIII, alors que vous devez produire des attendus locaux pour chaque licence à partir des attendus nationaux qui viennent d'être dévoilés ?

Stéphane Bonnéry. Le gouvernement nous demande d'appliquer dans des délais délirants une loi qui n'est même pas encore votée ! À Paris-VIII, une partie des licences refuse de fournir des attendus locaux car ce serait jouer le jeu de la sélection et de la mise en concurrence entre universités. D'autres estiment que le cadrage des attendus nationaux est suffisant. Enfin, certains jouent le jeu de la réforme. En sciences de l'éducation, nous nous baserons sur les attendus nationaux. Au moins, si toutes les licences de la filière ont les mêmes, cela évitera de les mettre en concurrence.
 
HD. Comment allez-vous traiter tous les dossiers ?

S. B. Nous n'avons ni le personnel enseignant ni les administratifs en nombre suffisant pour traiter qualitativement et dans les temps les quelque 3 000 dossiers que nous devrions recevoir. On nous supprime des postes d'enseignants et administratifs d'année en année, tous nos collègues sont déjà au maximum de leurs possibilités !
 
HD. Concrètement, comment cela risque-t-il de se passer ?

S. B. Ce qui faisait peur aux parents et aux élèves avec APB, c'était le tri par ordinateur. Or, aujourd'hui, le gouvernement nous explique qu'il sera possible de remettre en place un tri informatisé des dossiers, au niveau des formations et dans chaque université. On fait croire aux familles qu'il y aura un tri qualitatif au cas par cas. En réalité, on refait APB en pire, en supprimant la sectorisation et en ne se basant que sur les meilleurs dossiers avec des critères très scolaires, sans s'attarder sur les appréciations, par exemple. Les attendus, s'ils sont différents d'une filière et d'une université à l'autre, permettront à des formations qui se veulent élitistes de recruter hors de leur territoire. Où iront les étudiants de Seine-Saint-Denis, les élèves des milieux populaires, les plus fragiles ? Les universités choisiront leurs étudiants, et non l'inverse.
 
«On fait croire aux familles qu'il y aura un tri qualitatif au cas par cas. En réalité on refait APB en pire.»
 
HD. Vous craignez également l'instauration de « bonnes » licences et de licences « poubelles ». Pourquoi ?

S. B. Les attendus préparent ce quesera le premier cycle universitaire, où le bac ne représentera plus le droit d'entrée à l'université. Pour chaque dossier, l'université doit se prononcer : « oui », « non » et « oui si ». Les « oui si » ­ les étudiants admis sous conditions ­ se verront imposer des cours en plus de français, de maths (apprendre à rédiger, à maîtriser ces attendus...) selon les filières. Ces cours obligatoires seront-ils intégrés au cursus ? Si c'est le cas, certaines licences vont passer une bonne partie de leurs trois ans à proposer autre chose que leur discipline. Elles ne prépareront donc pas à entrer en master. Le gouvernement crée ainsi des sous-licences, sans les disciplines théoriques qui permettent pourtant un esprit critique sur les situations, un bac+3 de technicien qui ne pose pas de question.
 
HD. Mais beaucoup d'universitaires se plaignent du trop faible niveau de certains étudiants, de leur mauvaise orientation...
S. B. Certes, certains enseignants du supérieur se plaignent du niveau des étudiants. Mais plutôt que de résoudre les problèmes en amont, le gouvernement verrouille l'accès au supérieur. On ne donne pas les moyens à l'école, dans le primaire et le secondaire, pour permettre la poursuite des études.
 
HD. Faites-vous un lien entre la réforme du lycée, celle du bac et celle de l'accès à l'université ?

S. B. Oui. C'est l'hypocrisie d'unsystème basé sur l'individualisation et la concurrence. Plus on laisse le choix aux individus, plus on cache ce qu'on attend d'eux. Tant pis pour celui qui ne sait pas décoder ces attendus. Cette réforme englobe à elle seule toutes les réformes que les étudiants et les enseignants ont fait échouer depuis 1984 !

NADÈGE DUBESSAY


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