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Ismaïl Hakki Musa, un ambassadeur turc bien renseigné

Avant de prendre ses fonctions à l'ambassade de Turquie en 2016, Ismaïl Hakki Musa était depuis 2012 directeur adjoint du MIT, le service de renseignement de la Turquie.

Son Excellence Ismaïl Hakki Musa avait toutes les raisons d’être satisfait de cette visite, dont il avait été l’une des chevilles ouvrières: un chef d’État européen de premier plan, Emmanuel Macron, acceptait enfin de recevoir Recep Tayyip Erdogan.

Alors que les relations d’Ankara avec Bonn étaient au plus mal, Paris avait dit oui. Reportée une première fois par l’Élysée, la visite avait été fixée in extremis au 5 janvier 2018.

Question gênante

«On a réussi», pouvait se dire Ismaïl Hakki Musa, tout en écoutant les présidents français et turc tenir une conférence de presse commune. Du moins jusqu’à ce qu’un journaliste trouble-fête ne se lève et demande à Erdogan s’il regrettait d’avoir fourni «autant d’armes, autant de munitions aux groupes combattants islamistes» en Syrie, puis l’interroge sur les dessous d’une opération secrète menée par l’Organisation nationale du renseignement turc (MIT): «Avez-vous oui ou non, questionne Laurent Richard, comme des informations nous sont parvenues, fait libérer des membres de Daech en échange de la libération des personnels turc du consulat de Turquie à Mossoul, dont des ressortissants européens?».

Assis au premier rang, aux côtés des ministres et conseillers venus d’Ankara, Ismaïl Hakki Musa reconnait le journaliste: il l’a reçu quelques semaines auparavant, pour une interview dans son bureau(1) –qui offre l’une des plus belles vues sur la Tour Eiffel.

Cet adjoint, l’homme de confiance d’Hakan Fidan, celui qui a porté la responsabilité de mener à bien cette opération secrète, n’est autre qu’Ismaïl Hakki Musa.

Tandis que debout derrière leurs pupitres, à quelques mètres, Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan répondent au journaliste, Ismaïl Hakki Musa se penche vers son voisin de droite: Hakan Fidan, le numéro 1 du MIT. C’est sous l’autorité de ce dernier que ces armes ont été acheminées en 2014, et c’est lui qui, quelques mois plus tard, confiait à son adjoint la tâche de tout faire pour récupérer saine et sauve la quarantaine d’otages turcs détenus par l’organisation État islamique à Mossoul.

Cet adjoint, l’homme de confiance d’Hakan Fidan, celui qui a porté la responsabilité de mener à bien cette opération secrète, n’est autre qu’Ismaïl Hakki Musa, ex-numéro 2 du MIT de 2012 à 2016 et ambassadeur de Turquie en France depuis près d’un an et demi.

Hors caste

Ismaïl Hakki Musa n’appartient pas à cette caste des «Mon cher» (en français), le surnom par lequel le président Erdogan brocarde les diplomates européanisés et kémalistes qui ont longtemps dominé les Affaires étrangères turques.

La famille Musa est originaire de la très conservatrice région de Trabzon, où Ismaïl Hakki est né en 1960. «Les Turcs de Trabzon ont la réputation d’être les Belges de Turquie: ils ont un humour assez particulier, sont assez chaleureux et souriants, mais très patriotes», décrit Kayhan Karaca, correspondant turc de NTV auprès des institutions européennes à Strasbourg. «Petit homme d’affaires dans le bâtiment», son père veut se rapprocher d’Istanbul et installe très vite la famille à Hadapazari, dans la province de Sakarya.

Lorsqu’en 1979 le jeune Musa arrive en France, l’équivalent de son bac en poche, il ne parle pas un mot de français; la première année est très difficile. Après un Deug en sciences économiques à Strasbourg, l’étudiant turc opte pour une licence d’économie politique et s’inscrit à la faculté de droit et de sciences économiques de Nancy. L’un de ses camarades de l’époque estudiantine nancéenne, le franco-turc Murat Erpuyan, se souvient «du jeune ambitieux et déterminé qu’il était».

«Je n’étais pas attiré par le secteur privé et ma fréquentation des services consulaires a eu pour effet de me faire pencher pour la diplomatie. D’une certaine manière, ma vocation est née en France», confirme l’impétrant(2).

Après quelques années passées à Ankara, puis un poste à Alger, Ismaïl Musa Hakki atterrit à Lyon de 1994 à 1997, pour y occuper le poste de vice-consul puis de consul de Turquie –qu'il retrouvera dix ans plus tard, de 2007 à 2009.

Visé par la tentative de putsch

L'ambassadeur est indéniablement un bon connaisseur de la France et des Français. Il remet ses lettres de créances à François Hollande en novembre 2016. La photo de la cérémonie est l’une des trois images que l’ambassadeur a choisi d’accrocher derrière son bureau, à côté d’une photo du Président turc dédicacée en lettres d’or.

Moins immédiatement lisible, et pourtant tutélaire, la troisième image représente un homme à la barbe fournie en tenue d’époque. «C’est l’un des hauts responsable de l’Organisation spéciale», me précise Ismaïl Hakki Musa. Les services de renseignement turcs (MIT) se sont parfois inscrits dans la continuité de ce groupe paramilitaire impliqué dans le génocide arménien de 1915.

«Je faisais partie de ceux dont la vie était en danger cette nuit du 15 juillet 2016.»

Ismaïl Hakki Musa

Le nouvel ambassadeur prend ses fonctions à Paris quatre mois après la tentative de coup d’État militaire de juillet 2016, dont il garde un vif souvenir: «Je faisais partie de ceux dont la vie était en danger cette nuit du 15 juillet 2016, raconte-t-il. J’avais réintégré le ministère des Affaires étrangères dix jours auparavant, mais ma famille et moi occupions toujours un logement au quartier général du MIT. Nous y étions lorsque les putschistes ont attaqué le grand portail et tiré sur les gens. Ils voulaient kidnapper Hakan Fidan.»

Les auteurs de cette tentative de putsch? «Pas plus de 2% des forces armées. Les gulénistes de FETÖ [acronyme pour le réseau dit terroriste des fidèles de l’imam Gülen, allié au pouvoir jusqu’en 2012] avaient infiltré la sécurité militaire, grâce à quoi ils ont pu tenter le coup. La cellule de renseignement de la police était aussi infestée jusqu’aux dents. Ils n’avaient en revanche pas pénétré le MIT, et si on a tenu le coup jusqu’à la fin, c’est bien parce qu’on se posait des questions. Mais cette tentative de coup n’aurait pas pu avoir lieu sans appui extérieur», poursuit Ismaïl Hakki Musa.

De nombreuses zones d’ombre demeurent à propos de ce putsch raté. Une chose est sûre: d’autres groupes que les gulénistes au sein de l’armée en ont été partie prenante, à un degré varié, à un moment ou l'autre. Qu’ils n’aient pas su s’imposer, qu’ils aient pris conscience qu’ils ne pourraient pas mener le jeu ou qu’ils aient été dissuadés d’y participer reste la grande question.

«L’implication d’autres groupes, cela relève de l’analyse. Au final, le noyau, c’est Fetö», balaie mon interlocuteur. Que dire alors de celui accusé d’être le chef des putschistes, le général Akin Öztürk, chef d'état-major de l’armée de l’air entre 2013 et 2015 et ex-membre du Conseil national de sécurité –qui n’est de toute évidence pas un guléniste?

N’est-ce d'ailleurs pas à ses côtés qu’Ismaïl Hakki Musa a mené, début 2014, lorsque lui-même était numéro 2 du MIT, le délicat transfert de la tombe ottomane de Suleyman Shah, menacée par Daech, à l’intérieur de la Syrie?

«Effectivement, Akin Öztürk n’a pas été éduqué par le réseau. Il n’est pas un guléniste de conviction. Mais il fallait aux gulénistes un officier de haut rang pour que les colonels aient du respect et pour légitimer cette tentative, alors Akin Öztürk a tenu ce rôle», justifie Ismaïl Hakki Musa.

Chasse aux gulénistes

L’onde de choc causée par la tentative de coup d’État n’épargne pas l’Ambassade de Turquie à Paris. Comme le révélait Slate.fr, Hakki Akil, l’ambassadeur en poste cet été 2016, a fourni au secrétaire général du Quai d’Orsay le nom d’une trentaine d’associations françaises agissant dans les domaines de l’éducation, des femmes ou de l’entreprise qui graviteraient dans la galaxie de l'imam Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis.

Cette liste a été rédigée par l’un des conseillers de l’ambassade, lequel, l’encre à peine sèche, aurait été rappelé à Ankara pour appartenance au réseau dont il vient de dresser l’inventaire en France. Cinq autres de ses collègues seront également démis de leur fonction diplomatique –dont l’attaché militaire.

«J’ai donné des instructions strictes: que chacun fasse son travail, l’instituteur et le responsable religieux [détachés par Ankara en France] doivent se limiter à la légalité républicaine.»

Ismaïl Hakki Musa

En 2017, les services de renseignement allemands accusent des imams turcs détachés par le ministère des affaires religieuses à Ankara de collecter des informations sur les fidèles de l’imam Gülen vivant en Allemagne. Les fiches produites peuvent ensuite être présentées devant la justice turque –ce qui est totalement contraire à des relations diplomatiques normales. L’affaire fait grand bruit; six imams sont renvoyés en Turquie.

Un même dispositif d’espionnage a été mis en place et dénoncé en Belgique, en Hollande et en Suisse. Selon nos informations, cela aurait été également le cas en France, via la branche locale de la Diyanet (la Présidence des Affaires religieuses, relié au Premier ministre).

Le nouvel ambassadeur ne souhaite pas s’attarder sur le sujet: «J’ai donné des instructions strictes: que chacun fasse son travail, l’instituteur et le responsable religieux [détachés par Ankara en France] doivent se limiter à la légalité républicaine». Cette reprise en main pourrait confirmer la mise en place d’un système d’espionnage par le passé...

Juillet 2017, la prière aux morts vient d’être prononcée dans le grand salon de la résidence de l’ambassadeur. Devant ses compatriotes invités à commémorer les quelque 300 victimes de la tentative de putsch, Ismaïl Musa Hakki pourfend une nouvelle fois «ce mouvement sectaire devenu terroriste […], cette entreprise qui nourrit des ambitions mondiales…», avant de laisser échapper une étrange adresse à cet ennemi tapi dans l’ombre –jusqu’en France– que constituerait la communauté guléniste: «Sachez que vous ne nous faites pas peur!», lance-t-il.

Embarrassante affaire Ömer Güney

Un second dossier, brûlant, attend le nouvel ambassadeur à son arrivée à Paris, fin 2016: celui du procès d’Ömer Güney, auteur présumé de l’assassinat, trois ans plutôt, de trois militantes kurdes –dont Sakine Cansiz, l’une des fondatrices du PKK– au 147 rue Lafayette, dans le Xe arrondissement de la capitale.

Cette triple exécution extrajudiciaire porte la signature des services turcs (MIT). Le réquisitoire définitif du parquet antiterroriste de Paris a requis le renvoi d’Ömer Güney aux Assises pour assassinats en relation avec une entreprise terroriste, à laquelle le MIT était partie prenante. Celui-ci est de surcroît impliqué dans une tentative d’évasion: une personne avec laquelle l’assassin présumé s’était entretenu en prison –leur conversation a été enregistrée– a reconnu qu'ils utilisaient un nom de code («ma mère») pour parler des services secrets turcs, et qu’un plan d’évasion lui avait été remis par Ömer Güney pour qu’il soit adressé au MIT.

«Récemment, deux dirigeants du MIT aux mains du PKK en territoire irakien ont fait des déclarations précises sur le rôle du MIT dans ces assassinats, donc l’ambassadeur dit n’importe quoi!»

Maître Antoine Comte, avocat des familles des trois militantes kurdes assassinées

2013, l’année de ce triple assassinat, est justement celle où Ismaïl Hakki Musa prend ses fonctions de numéro 2 au MIT. Questionné, ce dernier reprend mot pour mot le narratif officiel: un «possible règlement de compte au sein du PKK… Et puis tant de gens étaient contre le processus de paix initié avec les Kurdes, à commencer par les gulénistes».

Des propos qui, rapportés à l’avocat des familles, Maître Antoine Comte, mettent ce dernier très en colère: «Les assassinats politiques de ressortissants étrangers sur le sol français n’ont pas manqué, et c’est toujours le même procédé de dénégation et d’impunité! Mais cette fois-ci, pour la première fois, un réquisitoire du parquet met en cause les services secrets d’un État. Récemment, deux dirigeants du MIT aux mains du PKK en territoire irakien ont fait des déclarations précises sur le rôle du MIT dans ces assassinats, donc l’ambassadeur dit n’importe quoi!»

Le procès qui aurait pu faire avancer la vérité n’a pas eu lieu: Ömer Güney est décédé des suites d’une grave maladie le mois précédant la première audience. L’action publique s’est éteinte –une épine de moins dans le pied d’Ismaïl Hakki Musa. Maitre Comte épingle les «autorités françaises [sous la présidence de François Hollande] qui laissent désigner comme ambassadeur un responsable des services auxquels les crimes sont imputés».

Crispation autour du PKK

Le 27 octobre 2017, la fête nationale bat son plein dans la résidence de l’ambassadeur. Se pressent autour du buffet des citoyens turcs ou franco-turcs –hommes d’affaires, journalistes et artistes– et quelques diplomates français ou étrangers. En conclusion de son discours, Ismaïl Hakki Musa élève le ton: il ne faudrait pas, dit-il, «que la France, sous prétexte de combattre une organisation terroriste, légitime une autre organisation terroriste».

Le message s’adresse aux membres de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, dont fait partie la France et qui s’est alliée aux milices kurdes du Parti de l’union démocratique (PYD, proche du PKK) pour combattre Daech en Syrie.

«Depuis un ou deux ans, nous avons [...] livré plus de 200 membres de Daech à nos amis français. Nous souhaitons une coopération aussi poussée dans la lutte contre PKK.»

Ismaïl Hakki Musa

Comme on l’a vu lors de l’offensive militaire turque sur Afrin, début 2018, l’objectif d’Ankara est de réduire au maximum l’emprise territoriale du PYD-PKK au nord de la Syrie –et de saper les relais dont ces partis autonomistes kurdes disposent dans les diasporas kurdes en Europe.

«Depuis un ou deux ans, nous avons partagé pas mal d’informations et de renseignements, et livré plus de 200 membres de Daech à nos amis français. Nous souhaitons une coopération aussi poussée dans la lutte contre PKK», résume Ismaïl Hakki Musa.

Le Monde en date du 15 mars 2018 révèle pourtant que les justices européennes s’inquiètent des «commandos itinérants des puissants services secrets turcs», chargés de liquider certains cadres kurdes du PKK sur notre continent.

L’auteur de l’article, Jacques Follorou, rapporte même qu’une rencontre aurait eu lieu à Paris, l'an dernier, entre plusieurs agents turcs, dont un ancien policier et un tireur d’élite. Il évoque les «soupçons sur le rôle de coordination que la Belgique prêterait à un haut responsable de la diplomatie turque à Paris» –sans le nommer.

«Ismaïl Hakki Musa ne provient ni de l’armée, ni de la police: c’est un pur civil, et sa nomination est singulière. Il n’est pas un type du MIT typique», remarque le journaliste Kayhan Karaca.

Ce qui est sûr, c’est qu’Ismaïl Hakki Musa ne fait mystère ni de son affectation au MIT, ni de l’importance primordiale qu’il accorde au renseignement: «Un grand pays se doit de posséder un système de renseignement efficace à l’intérieur et à l’extérieur, sinon il avance dans le noir. Sans un bon service de renseignement, un État peut s’effondrer et sa politique étrangère n’avoir aucune efficacité.»

Proche de ses concitoyens

Diplomate pro-actif, Ismaïl Hakki Musa ne néglige aucun évènement touchant de près ou de loin à la Turquie en France. On peut le voir inaugurer une exposition de photos au Centre culturel Anatolie à Paris, verre d’alcool à la main, tout en discutant avec deux jeunes femmes voilées. Il ouvre largement sa résidence à ses concitoyens, turcs ou franco-turcs, conservateurs et religieux –lesquels ont été longtemps ignorés par nombre de ses prédécesseurs.

«Il est très demandeur de rencontres avec les jeunes Français d’origine turque qui militent dans des partis politiques français», raconte l’un d’entre eux, membre d’En marche. «L’ambassadeur Musa s'appuie sur toute une série d'associations culturelles et cultuelles pour cimenter les intérêts communs à la communauté de la Turquie en France. Certaines de ces associations reçoivent des subventions et financements d'Ankara», explique le journaliste Kayhan Karaca.

«On était tous côte à côte, [...]comme s’il n’y avait pas une guerre sourde entre les uns et les autres, et des répercussions violentes jusqu’en France.»

Un participant aux funérailles d’une journaliste turque à Paris

Ismaïl Hakki Musa, qui n’apprécie guère le style littéraire d’Asli Erdogan et d’Orhan Pamuk –deux écrivains turcs dénonçant la dérive dictatoriale d'Erdogan– semble en revanche avoir écarté des listes de l’ambassade plusieurs intellectuels et artistes de sensibilité de gauche qui vivent à Paris et sont également critiques.

Des moments de réconciliation apparente ne sont pourtant pas exclus. Ainsi lors des récentes funérailles d’une journaliste turque à Paris: «C’était fou, raconte l’un des participants à la cérémonie. Presque toute la diversité de la société turque était représentée, avec des Kurdes –certes pas du PKK, des ex-journalistes de Zaman [l'ancien organe de presse du réseau guléniste], des membres du Parti d'action nationaliste, des sociaux-démocrates... On était tous côte à côte pour ce dernier adieu, et lui avec nous tous, comme s’il n’y avait pas une guerre sourde entre les uns et les autres, et des répercussions violentes jusqu’en France.»

Double casquette

Sans doute est-ce son identité duale qui le définit le mieux –à l’image de son bureau, où le diplomate n'est jamais très éloigné du responsable du MIT. La très officielle photo de son intronisation auprès du Président Hollande est, rappelons-le, placée à côté d'une photo d’archives de la bien peu recommandable Organisation spéciale; l'une de ses lectures, Situation de la France, du philosophe catholique Pierre Manent, jouxte un agenda marqué du logo de la DGSE que lui aurait offert Bernard Bajolet, l'ancien directeur des services français.

Cette double casquette lui a été plus qu’utile quand il a fallu organiser la visite d'Erdogan à Paris, début janvier. La venue du président turc en France s’est en effet déroulée sous les auspices conjuguées des Affaires étrangères et des renseignements. «Il est rare de voir des directeurs de services secrets jouer un rôle si visible», remarque l’ancien ambassadeur Michel Duclos, désormais conseiller spécial en géopolitique à l’Institut Montaigne.

«Depuis 2014 et la mise en place du protocole de Bernard Cazeneuve contre le terrorisme de Daech, notre coopération avec la France est très poussée, et nos relations bilatérales se sont enrichies d’une dimension stratégique, qui implique que nous coopérions dans les industries de défense», résume l’ambassadeur.

«Il y a un principe qui dit que tout ce qui n’est pas légal n’est pas nécessairement illégitime».

Ismaïl Hakki Musa

Ismaïl Hakki Musa joue également un rôle de relai entre Ankara et le nouveau directeur de la DGSE, Bernard Emié. Ce dernier a été ambassadeur en Turquie lorsque Hakan Fidan, l'actuel directeur des services de renseignement, était en charge des dossiers sensibles –notamment celui du nucléaire. Les deux poids lourds s'entendent bien: «Emié fait partie des quelques Français qui connaissent très bien la Turquie. S’ajoute à cela une impulsion politique, ce qui devrait faire la différence avec la séquence précédente», juge Ismaïl Musa Hakki.

Quel regard porte-t-il sur sa double affiliation? Qui l'emporte, à ses yeux: le diplomate ou l’homme des services? S’est-il fixé une ligne rouge qu’il se refuserait à franchir, au nom de certains principes?

«Je suis avant tout dévoué à la nation turque», me répond-il sans hésiter. Puis, après une courte pause: «Il y a un principe qui dit que tout ce qui n’est pas légal n’est pas nécessairement illégitime. Et ce principe puise sa source dans une invention française, celle de la raison d’État supérieure à tout le reste. C’est un principe auquel je souscris.» On peut difficilement être plus clair.

1 — Cet entretien sera diffusé dans le cadre du reportage d’«Envoyé spécial» intitulé «Turquie, l'enquête interdite», le jeudi 29 mars à 20h50 sur France 2. Retourner à l'article

2 — Hormis ceux qu'il a prononcés en public, l'ambassadeur a relu et confirmé les propos qui lui sont attribués dans cet article. Retourner à l'article


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