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Des prisons pour enfants en Belgique?

Le journal Pour a suivi un collectif citoyen, « Peluches et barbelés », lors d’une action à l’entreprise Lareco Bornem, dans la région d’Anvers. L’action avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur le futur enfermement des enfants de migrants ainsi que de dénoncer l’existence des centres fermés en général. Les travaux d’extension du centre 127 bis sont actuellement réalisés par cette entreprise. Un reportage de François Heinrich.

7h du matin. Une cinquantaine de personnes se retrouve dans un local, au centre de Bruxelles. Des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, des néerlandophones, des francophones… Leurs profils sont multiples, comme si se dessinait un résumé de notre société. Dans un autre contexte, cette communauté éphémère et anonyme ne se serait sans doute jamais rencontrée, jamais rassemblée. Mais ce mercredi, ils sont ensemble. Non pas comme agrégat d’individus autonomes mais comme collectif citoyen homogène. Un catalyseur leur sert de liant social, l’indignation et la honte d’être habitants d’un pays qui prive de liberté enfants et adultes dans ce que l’on appelle des « centres fermés ».

C’est en 1980 qu’une loi portant sur « l’accès au territoire, le séjour, l’établissement, et l’éloignement des étrangers » a permis, petit à petit, la détention de personnes en centres fermés. Cet enfermement vise les non nationaux en  situation irrégulière ou en attente d’une décision de l’Office des Étrangers suite à leur demande d’asile.

Le parallèle entre un centre fermé et une prison est évident : la privation de liberté. Pourtant, des différences persistent. L’enfermement carcéral découle d’une décision de justice et a pour but de protéger la société tandis qu’un enfermement dans un centre fermé résulte d’une décision administrative dans une procédure d’expulsion. Une question se pose donc. Comment se peut-il que des individus subissent le même traitement institutionnel alors que les raisons de leur incarcération sont totalement différentes ?

10h. Nous assistons au briefing. L’odeur de café commence doucement à enrober toute la pièce. Nous découvrons au fur et à mesure le programme de la journée. En effet, avant de venir à ce rendez-vous, nous ne savions qu’une chose : nous allions participer à une initiative citoyenne non violente pour manifester notre désaccord face à l’enfermement, souvent arbitraire, de personnes dans les centres fermés. Rémy, un des participants, nous explique.

« Cette action vise Lareco Bornem. C’est une entreprise de construction qui est en charge, en grande partie, de la construction de l’unité familiale au centre fermé du 127 bis, visant à enfermer des familles avec enfants. Ces travaux ne sont pas encore terminés mais seront terminés d’ici quelques mois. Aujourd’hui, nous sommes venus avec une cinquantaine de citoyens et citoyennes pour exiger à Lareco d’arrêter les travaux mais aussi, plus largement, informer des enjeux qui sont autour de cette construction. Il faut aussi rappeler que l’enfermement des enfants, beaucoup de personnes s’y opposent, plus de 130 organisations en Belgique mais aussi la Cour européenne des Droits de l’Homme, le médiateur fédéral et encore beaucoup d’autres acteurs ».

Depuis 2008, et suite à de nombreuses condamnations par la Cour européenne des droits de l’Homme, la Belgique n’incarcérait plus d’enfants en centres fermés. La construction de nouvelles unités de détention familiale proche du centre fermé 127bis, voulue depuis 2016 par Théo Francken, apparaît donc comme un incroyable retour en arrière, tant au niveau politique qu’au niveau des droits fondamentaux. D’ici 2021, le Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, voudrait doubler la capacité d’enfermement en centre fermé en construisant trois nouveaux centres.

10h30. Durant la réunion préparatoire, une narration est proposée pour l’action. L’accent est mis sur la symbolique afin de marquer visuellement les esprits. Le collectif temporaire que nous composons, « Peluches et barbelés », a amené des déguisements d’enfants, des sacs d’écoliers, des ballons, des dessins, … Tout ce qui peut évoquer l’univers de l’enfance. De l’autre côté, quatre personnes sont responsables de jouer les gardiens. Armés de leurs t-shirt « Lareco, expert en enfermement » et de faux barbelés, leur objectif est de nous contenir dans le hall de l’entreprise. Nous, enfants innocents se retrouvant privés de liberté, eux, sombres sentinelles représentant la violence se voulant légitime d’un état carcéral.

11h00. Une fois les rôles attribués, nous nous dirigeons vers les différentes voitures mises à disposition pour se rendre à l’entreprise Lareco Bornem, dans la province d’Anvers. L’excitation est palpable. S’attendent-ils à voir arriver cinquante personnes dans leur entreprise ? Non, sûrement pas. Même si des signes précurseurs auraient pu leur faire deviner ce qui allait se passer. Durant le briefing, les personnes encadrant l’événement nous avaient prévenus.

« Cela fait maintenant plus d’un mois qu’un courrier a été envoyé à l’entreprise. Un courrier qui a été cosigné par une quinzaine d’organisations dont des organisations de défense des droits humains mais aussi des collectifs de personnes sans papiers. Ce sont des organisations à la fois flamandes et francophones. Ce courrier demande l’arrêt des travaux mais aussi que l’entreprise, en tant qu’acteur de notre société, qu’acteur économique, puisse s’exprimer sur l’enfermement des enfants. On veut aller plus loin dans le rappel des enjeux. Notre lettre n’a pas eu de réponse. Suite à cela, un collectif a créé une vidéo ayant été fortement diffusée sur les réseaux sociaux et qui appelait notamment à envoyer des mails massivement à l’entreprise pour lui formuler ces mêmes revendications ».

11h40. Nous arrivons dans le zoning industriel où l’entreprise Lareco a établi  son siège. Tels des agents en mission, nous attendons le signal nous autorisant à quitter nos voitures afin de nous diriger dans le hall d’entrée de la compagnie. Le départ est donné. Dans le calme, plusieurs petits groupes convergent vers la barrière de l’entreprise. Camille raconte.

« Nous sommes arrivés dans le hall d’entrée de l’entreprise, ce qui a évidemment surpris les employés, mais on est arrivé calmement pour ne pas les effrayer non plus. C’était une action directe non violente avec un processus d’action qui est avant tout symbolique … même si la pression qu’on veut exercer est bien réelle. Une fois que toutes les personnes se sont installées, nous avons commencé à jouer dans le hall d’entrée avec des cordes à sauter, gonfler des ballons, accrocher des dessins sur les murs, … A l’extérieur, juste à l’entrée, quatre personnes habillées en gardiens de centres fermés avec le logo de Lareco sur leur t-shirt et des casques de chantiers, ont installé des barbelés, en plastique évidemment. C’est dans le but de bien représenter la violence de l’enfermement, pour contraster entre l’enfance et un esprit de liberté et toute la violence de l’enfermement par les barbelés et la présence des gardiens. Cette violence a d’ailleurs été représentée de la part d’un employé de Lareco qui, alors que l’on essayait de communiquer, n’a pas vraiment compris l’action symbolique et tout ce qu’il y avait derrière. Il nous a crié dessus et jeté une poignée de bonbons, disposés à l’accueil, au visage … ce qui est assez cocasse vu que nous étions déguisés en enfants».

Après s’être amusés à colorier des visages de Théo Francken, à gonfler des ballons de baudruche et à faire de la corde à sauter ; nous avons joué une scène où nous, enfants, brisions les barbelés de nos faux gardiens. Ni police, ni dégradation. Pas cette fois ci. Nous jouions les enfants mais c’est l’enfermement de toutes personnes, qu’importe leur âge ou leur nationalité, qu’il faut dénoncer.

Les centres fermés sont pires que des prisons. Contrairement a l’institution carcérale, les personnes enfermées en centres fermés ne connaissent pas leurs temps de détention et l’issue de cette dernière n’est pas la libération mais bien l’expulsion. Le pouvoir utilise des termes qui vise à atténuer la violence de la réalité. L’enfermement, censé être l’exception, est devenu la norme. N’oublions pas que le seul crime de ces personnes est de ne pas avoir les documents requis lors de leur interpellation ou bien d’être dans l’attente d’une demande d’asile. Je parle là de la théorie, nombre d’arrestations non justifiées ont déjà été recensées. Suite à cela, ces mêmes personnes sont privées de leurs libertés, leur téléphone confisqué (si il est muni d’un appareil photos ce qui en dit long…), les droits de visite limité, l’intimité bafouée, les barbelés, les caméras de surveillance, les « punitions » allant de l’isolement aux violences policières, …

12h00. Une fois de retour à Bruxelles, Rémy conclut l’action qui a eu lieu par ces mots,

« Le but de l’action vise aussi à s’opposer fermement à tous centres fermés qui sont des lieux de non droit, qui sont pires que des prisons pour des personnes qui n’ont rien fait de mal si ce n’est de ne pas avoir un statut régulier dans notre pays, un statut administratif. Cette privation de liberté pour nous elle est absolument insupportable, quand je dis nous, je parle de tout le collectif qui a fait l’action aujourd’hui. Et donc, évidemment, cela a amené à une super dynamique, cette dynamique qui a permis le succès de l’action ».

Par extension, la problématique des centres fermés fait écho à notre façon d’appréhender cet « autre », si mal dépeint par les politiques en place. Comment s’orienter dans une société qui propage des valeurs que l’on ne peut partager ? Comment s’engager et impacter la réalité sociale qui nous entoure ? Comment faire pour ne pas céder à la facilité du statu quo ?

Nous semblons de plus en plus impuissants face aux directions à prendre, face aux projets à entreprendre. Nous remarquons, bouche bée, les catastrophes passées, présentes et à venir, comme des automates qui n’auraient plus aucun poids sur leurs destins. Nous reléguons notre pouvoir, nos envies, nos émotions et nos passions sans broncher à une société qui ne nous correspond plus et qui pourtant semble la seule à nous structurer. Mais cette impuissance, ces catastrophes, ces incohérences que l’on préfère faire taire sont le produit de notre propre corps social, de nos propres institutions. Toutes ces choses envers lesquelles nous nous sentons impuissants ne sont que les extensions de nous-mêmes. À nous de changer de regard, de changer d’approche, de changer tout simplement.


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