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Iran : humiliée par Trump, l’Europe à l’heure du choix

Il aura fallu Donald Trump pour que l'Europe prenne conscience de la complexité du Nouveau Monde. À elle de ne pas donner raison à ceux qui pronostiquent son déclin.


Sans doute Donald Trump n’en a-t-il cure ? Sans doute a-t-il l’esprit occupé à des choses autrement plus importantes, comme sa prochaine rencontre baroque avec Kim Jong-un, ou les enquêtes qui rôdent autour de lui à Washington… Mais s’il prenait la peine de s’y intéresser, il verrait qu’il a réussi, avec sa décision unilatérale sur l’accord nucléaire iranien, à créer un fossé sans précédent entre les États-Unis et leurs alliés historiques européens. Signe de la gravité de la fêlure, même le Royaume-Uni, qui s’était rangé derrière George W. Bush lors de la catastrophique invasion de l’Irak en 2003, est cette fois vent debout contre Donald Trump au côté de ses principaux partenaires – malgré le Brexit à venir.

Et, surtout, le président des États-Unis a réussi à créer un véritable sentiment d’appartenance européenne, d’identité et d’intérêts communs parmi des pays qui sont d’ordinaire prompts à se diviser, à se quereller. Ça n’empêche pas les divergences sur des sujets complexes comme le budget de l’Union, ou les réformes à venir pour la zone euro ; mais soudain l’Europe retrouve sa raison d’être.

Il fallait, pour le sentir, écouter les discours à Aix-la-Chapelle, jeudi, lors de la remise du Prix Charlemagne à Emmanuel Macron. Certes, s’il n’y a pas un esprit européen qui flotte lors de la cérémonie annuelle du Prix Charlemagne, il vaut mieux éteindre la lumière… Mais cette cérémonie avait pris, cette année, un tour particulier au lendemain de ce que Steven Erlanger, dans le "New York Times", qualifie de rien de moins qu’une "humiliation de l’Europe".

Cet état d’esprit existe lorsqu’Angela Merkel déclare tout haut que l’Europe "ne peut plus compter sur les États-Unis" pour la défendre, et qu’Emmanuel Macron évoque avec force la nécessité de faire vivre la "souveraineté européenne" face aux décisions qu’elle subit, visant aussi bien les multinationales du numérique que Trump sur l’Iran.


Ce mois de mai 2018 restera-t-il alors comme le moment décisif du réveil européen ? Les 28, ou plutôt les pays les plus motivés parmi eux comme l’a fortement suggéré dans son discours le président français jeudi, sauront-ils passer du choc à l’action, des discours aux actes ?


Pas seulement la décision de trop : un diktat


Dès l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, les Européens ont été pris d’effroi face à un président américain qui faisait si peu de cas de ses alliés. "Merci Trump, d’avoir offert un ennemi commun aux Européens désunis", avions-nous écrit dans cette chronique en janvier 2017, lors de l’investiture du successeur de Barack Obama...

Les Européens sont allés de choc en choc : il a d’abord fallu lui arracher une référence à l’article 5 de la Charte atlantique qui établit la solidarité automatique envers un pays attaqué, alors qu’il était surtout obsédé par le fait de faire payer les Européens… Puis il y a eu les premiers gestes unilatéraux, les ruptures politiques, sur le climat, sur le commerce, sur Jérusalem… Ou encore les propos offensants comme sur les victimes du Bataclan ou la sécurité à Londres.

À chaque fois, les Européens regrettaient, mais ne voulaient pas désespérer de leur allié américain, eux qui se sont tant habitués à vivre, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous le parapluie protecteur des États-Unis.

La décision sur l’Iran n’est pas seulement la décision de trop, elle est surtout d’une autre nature : un diktat aux Européens sans, au bout du compte, tenir le moindre compte de leur avis pour déchirer un accord qu’ils avaient également négocié et signé. Et surtout sans proposer de stratégie alternative autre que la force.

En donnant l’ordre aux entreprises européennes – l’ambassadeur des États-Unis en Allemagne l’a dit en termes aussi explicites que ça – de quitter l’Iran dans les six mois, l’administration américaine brutalise ses alliés et suscite le rejet.

Macron veut transcender son échec personnel


Pour Emmanuel Macron, en particulier, qui a beaucoup investi dans une relation personnelle avec Donald Trump, le résultat est catastrophique, même si personne ne peut honnêtement lui reprocher d’avoir tenté d’infléchir l’inévitable. Mais sur la forme, sans doute a-t-il succombé à l’ivresse de la visite d’État à Washington, avec l’espoir vain d’influencer un homme soumis à des influences autrement plus convaincantes, comme celles de ses alliés idéologiques israélien et saoudien. Le résultat est un échec personnel, qu’il tente de transcender en organisant la "révolte" européenne.

Si sursaut européen il doit y avoir, il peut être de deux ordres : sur l’accord nucléaire, et sur un "bond en avant" de l’intégration européenne.

Les Européens veulent d’abord sauver l’accord nucléaire afin de permettre à ses négociateurs iraniens, l’équipe du Président Hassan Rohani et de son ministre des Affaires étrangères Jafar Zarif, de survivre face à l’offensive des "durs" à Téhéran qui les accusent au mieux de naïveté, au pire de trahison pour avoir fait confiance au "Grand Satan" américain. Leur échec total, voire leur renversement par les durs du régime, renverraient l’Iran des années en arrière, et conduiraient à la reprise du programme nucléaire et sans doute à une escalade accrue dans la région.

Mais la question la plus épineuse risque d’être celle des entreprises européennes – Total, PSA, Renault et quelques autres pour la France – qui ont investi en Iran depuis la levée des sanctions en 2015, et se trouvent aujourd’hui sommées de se retirer sous peine de représailles américaines. L’Europe a-t-elle la capacité et la volonté de risquer un bras de fer avec Washington à ce sujet ? À voir…


Il aura fallu Trump...


Le deuxième test est effectivement celui de la relance européenne. Emmanuel Macron plaide dans ce sens depuis son élection il y a un an, mais l’élan qu’il a voulu donner s’est essoufflé, d’abord face aux difficultés d’Angela Merkel à former sa coalition après son semi-échec électoral de septembre, mais aussi des résultats électoraux négatifs de son point de vue dans plusieurs pays européens, Italie, Hongrie, République tchèque…

L'"effet Trump" sera-t-il suffisant pour surmonter l’apathie qui semblait redevenir la norme sur un continent fragilisé par les crises de la dernière décennie ? Emmanuel Macron a de nouveau plaidé jeudi à Aix-la-Chapelle pour de l’audace, de l’unité, et de la vitesse…

Face à Trump, les Européens sont confrontés au monde réel, pas à celui, souvent intemporel et irréel, du rythme des réunions à 28… Il apparaît clairement que si, d’ici aux prochaines rencontres de l’UE, la France, l’Allemagne et ceux qui veulent aller de l’avant avec ces deux pays, ne s’entendent pas sur une stratégie et un calendrier, l’Europe aura raté le coche. Si tel est le cas, elle donnera raison à tous ceux qui pronostiquent son déclin et sa disparition en tant que pôle d’influence dans le monde, et subira les choix des puissances de demain.

Pendant longtemps, les Français ont été quasiment les seuls, sur le continent, à rêver d’une "Europe-puissance", face à la petite musique distillée par les Britanniques qui vantaient les mérites du marché unique et sabotaient tout le reste au nom de la solidarité atlantique.

Il aura fallu un président américain pour que les Européens prennent conscience de la complexité du Nouveau Monde, et de leur intérêt collectif à simplement exister. Leur avenir est désormais entre leurs mains.

Pierre Haski


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