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Crise de l'Aquarius : Rome convoque l’ambassadeur français, Conte pourrait annuler sa visite à Paris

L'affaire du navire de sauvetage de migrants Aquarius a ouvert une brèche entre l'Italie et la France. Après les remontrances françaises sur le sujet, le chef du gouvernement italien pourrait annuler sa visite du 15 juin en France.

La tension monte entre la France et l'Italie. A la suite des sévères critiques formulées par Emmanuel Macron sur la décision italienne de ne pas laisser accoster le bateau de sauvetage de migrants Aquarius, et, plus globalement, sur la gestion de l'accueil des migrants, l'Italie a sommé ce 13 juin la France de s'excuser officiellement sous peine d'annuler la rencontre prévue le 15 juin à Paris entre Giuseppe Conte et Emmanuel Macron. «Si les excuses officielles n'arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n'allant pas en France», a ainsi précisé le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini devant des journalistes. L'ambassadeur de France en Italie, Christian Masset, a auparavant été convoqué à Rome, illustrant les dissensions qui existent en Europe sur la gestion de la crise migratoire. Le ministre italien des Affaires étrangères lui a fait savoir que les critiques françaises envers la politique migratoire italienne étaient «injustifiées» et compromettaient les relations entre la France et l'Italie.

    Si les excuses officielles n'arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n'allant pas en France

Christian Masset avait déjà été convoqué le 30 mars dernier, là encore pour un incident lié à la question migratoire. L'Italie avait considéré comme un «acte grave» un contrôle opéré par des douaniers français en territoire italien à la gare de Bardonecchia près de la frontière entre les deux pays.

Après le refus ce 10 juin du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini d’accueillir dans un port italien le bateau de l'ONG SOS Méditerranée avec à son bord plus de 600 migrants, le président français avait vivement critiqué la décision du gouvernement italien. Selon le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, le locataire de l'Elysée avait dénoncé le 12 juin en Conseil des ministres «la part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien». Le porte-parole du parti présidentiel, Gabriel Attal, avait même renchéri sur Public Sénat le même jour, en estimant que «la position, la ligne du gouvernement italien» était «à vomir». La réponse transalpine ne s'était pas fait attendre. Le Premier ministre, le ministre de l'Economie et le ministre de l'Intérieur italien s'étaient montrés virulents en retour à l'égard de la France. Fustigeant les «leçons» données par la France, la présidence du Conseil avait également diffusé une note résumant les griefs italiens envers son voisin.
La France pointée du doigt pour sa politique migratoire

«Les déclarations concernant l’affaire de l’Aquarius venant de la France sont surprenantes et démontrent un sérieux manque d’informations sur le contexte réel. L’Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays», a ainsi expliqué le chef du gouvernement Giuseppe Conte le 12 juin.

    Au président français je dis, «Emmanuel, si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9 000 migrants que tu t'étais engagé à prendre»

Les deux leaders des partis vainqueurs des dernières élections italiennes, désormais ministres, ont également réagi aux critiques du président français le même jour. «La France et l'Espagne ont fermé leurs ports depuis longtemps [...] Il est embarrassant que des représentants de ces pays viennent faire la morale seulement parce que nous demandons à nos partenaires européens de partager avec l'Italie les droits, les devoirs et la solidarité», avait pour sa part estimé Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles). «Le pays le plus en tort par rapport à nous, c'est la France, qui n'a pris jusqu'à présent que 640 migrants quand elle s'était engagée pour 9 610 personnes», a-t-il encore affirmé lors d'une émission de télévision. Sur Facebook, il a en outre accusé la France de «repousser quotidiennement les migrants à Vintimille».

Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini (Ligue), en première ligne dans la crise migratoire et dont il a fait de sa jugulation une promesse de campagne, a, lui, directement tancé Emmanuel Macron : «Au président français je dis, "Emmanuel, si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9 000 migrants que tu t'étais engagé à prendre"».

Emmanuel Macron a rencontré Giuseppe Conte le 8 juin au Canada dans le cadre du G7. Dix jours plus tôt, il avait félicité le président italien Sergio Mattarella pour avoir refusé de valider le premier gouvernement Conte car devait s'y trouver un ministre ouvertement eurosceptique.


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