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Quelle est cette circulaire de Gérard Collomb qui menace les festivals?

Alors que le coût de la sécurité augmente depuis les attentats, le ministre de l'Intérieur veut faire payer le déploiement des forces de l'ordre.

"Je ne comprends pas que Gérard Collomb qui a été un si bon maire pour la Culture soit un aussi désastreux ministre de l'Intérieur pour les Arts." Invité de France Inter ce mardi 3 juillet, Jack Lang a exprimé toute sa colère à l'égard du ministre de l'Intérieur, auteur d'une circulaire qui pourrait bien menacer l'existence même de certains festivals français.

Signé en mai 2018, juste avant la période faste de ces événements estivaux, le texte prévoit de facturer aux organisateurs le déploiement des forces de l'ordre. En d'autres termes, les responsables des festivals devront désormais régler la facture des policiers déployés sur et aux abords des lieux, ainsi que certains types de matériels.

Officiellement, la circulaire fait le distinguo entre les missions non-facturables répondant aux risques de menaces terroristes et celles inhérentes à l'organisation de tels événements et donc potentiellement soumises au remboursement. Mais dans la réalité, les autorités locales auront la latitude d'envoyer la facture de toutes les missions -ou presque- des forces de l'ordre aux organisateurs de festivals, comme vous pouvez le voir dans l'infographie ci-dessous.

Une mesure qui existe déjà à l'échelle locale mais dont la généralisation passe particulièrement mal dans un contexte ou les festivals tirent déjà la langue, plus particulièrement les festivals indépendants ou plus confidentiels que les mastodontes du genre, logiquement mieux armés pour faire face à ces surcoûts.

Augmentation des coûts

Selon une étude du Centre national de la chanson, des variétés et du jazz, le budget des festivals alloué à la sécurité avait déjà augmenté de 7% entre 2015 et 2016, après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Casher.

À titre d'exemple, l'un des plus importants festivals français, "les Vieilles Charrues", a consacré 300.000 euros supplémentaires à la sécurité de ses habitués depuis les premiers attentats. Les organisateurs ont notamment mis en place un système de vidéosurveillance, des blocs de béton, mais également des barrières dernière cri permettant aux contrôleurs de se poster à l'intérieur. Ajoutez à cela des doubles fouilles rendues systématique ainsi qu'une augmentation des effectifs de sécurité et la facture grimpe allègrement.

Même chose du côté des événements plus "modestes." Ainsi, le festival toulousain de musique du monde "Rio Loco" a par exemple vu ses coûts de sécurité passer de 60.000 euros à plus de 140.000 en un an et demi, quand "la Route du Rock" alloue 50.000 euros par an de plus à son budget sécurité. "On ne peut pas faire autrement", explique au HuffPost le directeur de "la Route du Rock" François Floret, mettant en avant l'impérieuse nécessité de "garantir la sécurité du public."

Fonds d'urgence à sec

Pour accompagner les organisateurs dans cette mue, le gouvernement avait publié, en avril 2017, un guide de 170 pages sur la sécurité dans les festivals. Avec à l'intérieur, un catalogue de mesures dont beaucoup représentaient des coûts supplémentaires pour les festivals n'étant pas au niveau sécuritaire souhaité par l'État.

Dans le même temps, le fonds d'urgence créé par le gouvernement de Bernard Cazeneuve en 2016, consacrant, sur deux ans, quelques 15 millions d'euros aux investissements de sécurité dans les festivals tombe à sec. Contacté par le HuffPost, le ministère de la Culture indique que l'enveloppe allouée cette année est de 4 millions d'euros. En revanche, le dispositif ne sera pas reconduit en 2019 mais une ligne pourrait être consacrée à ce volet dans le prochain budget.

Ainsi, "les Vieilles Charrues" ou "la Route du Rock" pourraient dire adieu à leurs enveloppes respectives de 80 et 30.000 euros allouées par ce fonds d'urgence. Et puisque les organisateurs ne peuvent "pas revenir en arrière" sur ces nouvelles mesures de sécurité, comme l'explique Jérôme Tréhorel, le directeur des Vieilles Charrues, les frais pourraient revenir entièrement à la charge des festivals.

Un trou potentiel dans les budgets qui pourrait être creusé par la circulaire Collomb. "On ne peut pas d'un côté ne plus avoir de fonds d'urgence sous prétexte qu'on n'est plus en état d'urgence et de l'autre voir sa facture qui augmente", s'inquiète Jérôme Tréhorel auprès du HuffPost. Et si "les Vieilles Charrues" n'ont pas trop souffert de ces augmentations de budget grâce notamment à une bonne anticipation au niveau des investissements, ce sont les petits festivals qui risquent de payer les pots cassés.

Menace sur les "petits" festivals

"Pour certains c'est supportable, pour d'autres c'est la mort", résume ainsi Jack Lang. Par exemple, depuis deux ans, le fonds d'urgence a permis au festival "la Route du Rock" de gonfler ses effectifs, d'accueillir la force Sentinelle et d'investir dans du matériel de sécurité. Fataliste quant à l'avenir de cette aide -"on sait qu'il n'y a plus d'argent"- François Floret accueille avec beaucoup plus de dépit la volonté de Gérard Collomb de faire rembourser le déploiement des forces de l'ordre lors de ces événements.

"Si on nous demande de payer ce qui était gratuit, on va tirer la langue, on ne pourra pas assumer ces dépenses. Si ça devient le cas, ça mettra en péril l'avenir du festival", prévient François Floret pour qui cette mesure se fait avant tout au détriment des festivals indépendants à la programmation pointue, comme l'est globalement "la Route du Rock". Les mastodontes présents sur le territoire n'auront pas de difficulté à trouver davantage de partenaires alors que la Route du Rock, en bonne partie sur l'aide des collectivités publiques pour vivre... et elles tendent à se tarir.

Les organisateurs ont d'ailleurs augmenté de dix euros le prix de certains billets, pour compenser la hausse du budget sécurité au contraire des Vieilles Charrues par exemple qui pratiquent les mêmes tarifs qu'avant. "La différence entre les gros festivals et nous, c'est qu'eux pourront rogner sur leurs marges alors que nous, ça nous mettra dans le rouge", prévient François Floret. Qui espère que la circulaire Collomb s'appliquera "à l'appréciation" des autorités locales.


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