Hambourg : suite du procès d’Erdal Gökoğlu
 


Hambourg : suite du procès d’Erdal Gökoğlu

Le procès de l’opposant politique turc, Erdal Gökoğlu se poursuivra lundi 11 février 2019 à 9 heures au tribunal de Hamburg en Allemagne.

Une nouvelle audience du procès d’Erdal Gökoğlu se tiendra à 9 heures lundi 11 février 2019 au tribunal de Hambourg en Allemagne.

Mardi 5 février 2019, alors que de 9 heures à 16 heures, le procès d’Erdal Gökoğlu se poursuivait, celui-ci a présenté sa défense.
Il a commencé en montrant des photographies des massacres des prisons de Buca, Ümraniye et Ulucanlar ayant eu lieu du 19 au 22 décembre 2000 lorsque les forces de sécurité turques avaient pris d’assaut vingt prisons pour mettre fin aux grèves de la faim qu’y observaient des prisonniers politiques. Sur ces photographies, on pouvait y voir Canan et Zehra, Ahmed İbili, Cengiz Soydaş, Gülsüman et Şenay, qui ont pris part au « jeûne jusqu’à la mort » mis en place de 2000 à 2007 contre la mise en place des prisons de type F. Il a également montré des photos du corps de Sergül Hatice Albayrak dont une de sa main faisant le signe de la victoire après sa chute en martyr.
Il a ensuite abordé les sujet des oppressions et de la résistance en Turquie et notamment le fait que la grève de la faim était une méthode de résistance adoptée non seulement dans son pays, mais également, et ce, depuis l’antiquité romaine, encore actuellement dans différents pays du monde tels que l’Iran, l’Inde ou la Bolivie.
Dans une seconde partie, il a mentionné le sujet des avocats turcs emprisonnés depuis deux ans et qui ont entamé une grève de la faim depuis seize jours.

Si l’on reprend les propos d’Erdal Gökoğlu dans le détail, il a tout d’abord exposé le cas de Nazım Hikmet qui « pour la première fois dans la première moitié du XXe siècle, a été condamné à 28 ans et quatre mois d’emprisonnement en 1938. Nazım n’a pas abandonné sa façon de penser durant sa période d’emprisonnement. » Il a également rappelé que diverses organisations et partis socialistes ayant lancé une campagne de solidarité pour Nazım Hikmet, celui-ci avait été libéré en 1950.

Puis, Erdal Gökoğlu a expliqué que : « la grève de la faim en Turquie est une méthode politique pour essayer de faire appliquer ses droits. » Il précise également que : « l’accord de Malte interdit l’intervention des médecins. J’ai été libéré de prison en Turquie à cause de ma maladie de Wernicke-Korsakoff, que j’ai contractée pendant la résistance de la grève de la faim. Vous mettez de côté l’accord de Malte et vous essayez de me juger. »

« Voici deux côtés, deux idéologies, deux classes ! »
Concernant la situation en Turquie, il a affirmé : « aujourd’hui, s’il y a encore ceux qui résistent contre l’oppression et la tyrannie en Anatolie, c’est à cause des résistances passées. Les grèves de la faim se poursuivent encore de nos jours dans les prisons turques. Étant donné les conditions en prison, un détenu n’a rien d’autre à utiliser. Personne ne devrait faire de démagogie. Si une personne met sa vie en jeu, aucun mot ne peut être prononcé. Personne ne devrait me dire ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. »
Il ajoute ensuite : « J’étais un de ces hommes qu’on fouillait à la morgue parce qu’on pensait que j’étais mort. Le plus gros des crimes a été commis contre mes amis et moi. Avez-vous déjà pensé : 'Nous sommes arrivés à la fin de la vie ?’ Lorsque vous vous évanouissez, vous êtes vous dit : 'La mort, c’est probablement comme ça !' ? Avez-vous respiré l’odeur de corps brûlés ? Avez-vous porté un corps d’adulte pesant onze kilos sur les épaules ? Pour un gardien de cimetière, il n’y a aucune différence entre les vivants et les morts. Pensez à 122 cercueils qui se succèdent. Chaque cercueil mesure trois mètres et dix personnes le transportent sur une route d’un kilomètre. Une route pavée de corps humains, pas d’asphalte ! Un chemin vers la liberté, vers la justice. »
Erdal Gökoğlu précise : « Vous savez très bien ce qu’est l’isolement. Les prisons d’isolement de type F ont été synonyme de mort et de tyrannie. Dans les années 1990, on a commencé à aborder le sujet des prisons de type F. Dans les années 2000, les prisonniers et leurs familles appelaient cela l’isolement, la répression et la torture. Ils ont dit que si vous vouliez leur mort, ils étaient prêts à mourir. Ils se sont sacrifiés en disant : 'arrêtez d’intimider et de faire peur aux gens'. Maintenant, vous me demandez pourquoi je continue mes activités. Il n’y a aucun mal à cela : vous pouvez continuer à me poser la question. Lequel des 122 cercueil dois-je prendre en considération ? Nous avons partagé notre nourriture et nos rêves avec beaucoup d’entre eux. » 
Erdal Gökoğlu a ensuite donné l’exemple d’Ahmet Ibili qui, lors du massacre du 19 décembre 2000, avait mis le feu à ses vêtements avant de se diriger vers les gendarmes présents. La réaction de ceux-ci fut de tirer sur le corps enflammé d’Ahmet Ibili. « Voici deux côtés, deux idéologies, deux classes ! » a-t-il précisé.

Il a ensuite pris les exemples des mères Gülsüman et Şenay, ainsi que Canan et Zehra. « Oui, ces gens ont donné leur vie pour moi. Comment regarder dans les yeux les enfants de Gülsüman et de Şenay, et le père de Canan et de Zehra si, quand je suis venu en Europe, je m’étais comporté comme si rien ne s’était passé ? Si vous étiez à ma place, pourriez-vous les regarder dans les yeux ? Devrais-je leur dire d’oublier cela ? » ajouta-t-il.

« La justice est le pain du peuple »
Il prit ensuite un nouvel exemple, celui de Sergül Hatice Albayrak. « Elle était l’une de mes 122 amies. Elle était jeune et pleine de vie. Elle est née et a grandi en Allemagne. Sa mère et son père ont été séparés. Elle a grandi dans la rue. Elle était sous l’emprise de la drogue et de la décadence. Elle courait d’aventure en aventure. C’était une femme intrépide et folle. Mais elle a quitté ce marasme. Elle a rencontré les révolutionnaires. Lorsqu’elle s’est rendue dans son pays, elle a été détenue, torturée et violée, puis emprisonnée. J’ai été le premier à la rencontrer lorsqu’elle est arrivée à la prison. Elle avait vécu toutes sortes de choses pendant son arrestation. Elle ne pouvait pas parler correctement sa langue maternelle. Elle avait 18 ans, mais elle avait mûri après avoir subi les atrocités commises par l’État en prison. Elle a été confrontée à l’état fasciste et à la vie là-bas. Elle a connu la prison de type F et le jeûne jusqu’à la mort. Elle n’a pas pu oublier ses expériences. Quelques jours après sa libération, elle s’est enfuie de chez elle et s’est brûlée vive sur la place Taksim.
'Arrêtez l’isolement, arrêtez les morts', c’est ce qui était écrit sur une pancarte. Elle était sortie de prison. Elle était libérée. Personne ne l’a forcée à faire quoi que ce soit. »
Erdal Gökoğlu continue ainsi : « il est tout à fait normal que vous ne compreniez pas. Je peux vous donner beaucoup d’autres exemples. La vie de chaque personne est un livre qui n’a pas encore été imprimé. Même s’il n’a pas été écrit, il a été vécu. Personne ne peut leur faire oublier.
J’ai eu de la chance, j’ai eu des amis. L’un de mes amis était Mehmet Akdemir. Il est actuellement prisonnier parce qu’il se bat contre la drogue, la prostitution et la décadence dans son quartier. C’est l’ami qui m’a le plus aidé. Que faites-vous ? Vous essayez d’ouvrir des poursuites contre eux…
Après tout ce que j’ai vécu, penser à des choses comme ça, c’est ne pas oublier ce que j’ai vécu, les expliquer et régler les comptes avec les tueurs. C’est garder les 122 morts en vie. Ce sont des raisons suffisantes pour que je vive. »

Enfin, Erdal Gökoğlu a terminé sa défense sur ces mots : « Au lieu de faire partie de l’ordre corrompu, nous luttons pour qu’il change. Même si c’est un tribunal bourgeois, il n’est pas nécessaire de comprendre l’humeur humaine ? Malheureusement, partout où vous regardez vous-même, vous ne voyez que de la terreur. Est-ce un crime d’aimer mes proches à mort ? Ma grève de la faim est-elle un crime ? La grève de la faim jusqu’à la mort est-elle un crime ? Est-ce un crime de résister à la persécution ? La justice est-elle un crime ? La punition est-elle un crime ? Quel est le devoir de l’avocat ? Est-ce qu’il/elle doit me dire : j’applique les lois et fais juste mon travail ? Que faire si les lois et la réalité de la vie ne concordent pas ? Chaque profession a une moralité et n’est pas seulement une tâche à accomplir. C’est ainsi que cela doit se faire et pour tous.
Durant le règne d’Hitler, l’Allemagne était folle de Brecht. 'La justice est le pain du peuple', disait Brecht. 'Ce n’est pas nécessaire une seule fois, mais au quotidien’, disait-il. Brecht est le peuple, il est des nôtres. Tout comme Brecht, je dis : la justice est le pain du peuple et longue vie à la justice du peuple. »

Erdal Gökoğlu est incarcéré en isolement total depuis 25 mois. Selon la justice allemande, il serait un fonctionnaire dirigeant le DHKP-C, Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple, classé comme organisation terroriste.

Après 6 ans d'incarcération en Turquie, en 2007, Erdal Gökoglu a été reconnu réfugié politique turc par la Belgique où il vivait depuis 2002. Suite à un mandat d’arrêt international émis par l’Allemagne, il a été arrêté le 13 novembre 2017 en Belgique puis extradé vers l’Allemagne à Hambourg où son procès a débuté le 7 juin 2018.

Dates du procès : Lundi 11 février à 9 h - Mardi 12 février à 9 h - Lundi 18 février à 9 h - Mardi 19 février à 9 h - Mardi 26 février à 9 h - Jeudi 28 février à 9 h.
Lieu : Tribunal - Sievekingplatz 2 - Hambourg - Allemagne
Information : 0049174 4549193
Adresse : Erdal gokoglu - HOLSTEN GLACIS 3, 20355 Hambourg - Allemagne

Dogan Presse Agence


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