Dogan Presse Agence France | Actualite | Politique | Journal
 


Éducation. La grosse artillerie contre les lycéens tagueurs d’Ivry-sur-Seine

Perquisitions à l’aube, menottages, gardes à vue de 36 heures… Les autorités ont déployé des moyens disproportionnés contre plusieurs jeunes poursuivis pour des dégradations. Une volonté d’intimidation, dénoncent profs, parents et élus.

«L’affaire » a commencé le 4 décembre par un événement anodin, une goutte d’eau dans l’océan des contestations visant la politique du chef de l’État : un « Macron démission », tagué sur un panneau à l’extérieur du lycée Romain-Rolland d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Pas vraiment de quoi faire trembler la République, dont les chastes oreilles entendent, à chaque samedi de mobilisation, la même invite au président, et souvent bien pire. Le tag, ce mardi-là, était accompagné d’un autre, moins sulfureux encore, rédigé sur le panneau de liège de la ville d’Ivry, réclamant « plus de professeurs »…

Quelle fut la réponse des autorités à ces inscriptions ? Une plainte devant la justice et des gardes à vue de 36 heures infligées à cinq présumés tagueurs, des lycéens de première ! Alors que jeunes et enseignants se trouvent en pleine contestation de la réforme du bac et de Parcoursup, cette fermeté mal placée met le feu aux poudres. Blocus de deux semaines, fermeture de l’établissement pendant plusieurs jours et… nouveaux tags, à l’intérieur du lycée cette fois, le 17 décembre, dont l’un, à connotation sexiste, menace directement la proviseure de l’établissement. C’est à la suite de cette « deuxième vague » que de nouveaux élèves, de terminale cette fois, dont quatre mineurs, ont été perquisitionnés mercredi à 5 h 30 du matin, menottés, et placés en garde à vue 36 heures. Les gamins auraient été confondus par des vidéos qu’ils auraient eux-mêmes filmées.

« Des enfants traités comme de grands criminels »

« Cette affaire est un immense gâchis, s’indigne Caroline Quiniou, professeure d’histoire-géo et responsable du Snes-FSU à Romain-Rolland. Évidemment que le tag découvert le 17 décembre (« Enlève ta plainte ou on te baise, toi et le lycée » – NDLR) est inexcusable. Mais il est le résultat direct des mesures disproportionnées qui ont été prises avant, et de l’entêtement de l’administration dans cette affaire. » Avec d’autres enseignants et des parents, la syndicaliste est allée voir le recteur pour demander le retrait de la plainte. En vain. « Il aurait fallu apaiser les choses, et l’administration a fait l’inverse. Ça a attisé le feu », regrette-t-elle. Et conduit à ce récent déploiement de forces à la légitimité douteuse. « Ces enfants ont été traités comme s’ils étaient des grands criminels : réveillés à 5 h 30, leurs chambres mises à sac, leurs matelas éventrés. Ils ont été isolés, menottés… Vous imaginez l’humiliation, pour eux et leurs parents ? » interroge posément Safia Zidelkhile, parent d’élève à Romain-Rolland et élue FCPE.

En réaction, deux rassemblements ont été organisés, la semaine dernière, devant le commissariat de Vitry-sur-Seine, puis la mairie d’Ivry-sur-Seine, pour protester contre les méthodes utilisées par la police et la justice. « Pour pousser ces jeunes dans la violence, on ne s’y prendrait pas autrement », fustige le maire (PCF) d’Ivry, Philippe Bouyssou, qui voit aussi « dans cette réponse disproportionnée, une volonté de dissuader la jeunesse de se mobiliser ». Sénateur communiste du Val-de-Marne, Pascal Savoldelli condamne également la « tentative d’intimidation » des lycéens par les autorités. « Quand il y a des tags, que faut-il faire ? Obliger à des réparations, sanctionner éventuellement, et mettre en place un accompagnement pédagogique. Mais pas convoquer la justice de cette manière ! »

Usant de ses droits de parlementaire, l’élu est allé rendre visite aux mineurs placés en garde à vue, en décembre, comme la semaine dernière. « Je ne voulais pas laisser les familles sans nouvelles. Je crois que ça a un peu rassuré les jeunes. » La police, de son côté, a discrètement communiqué le résultat de ses perquisitions à la presse, évoquant la découverte d’un katana (un sabre japonais), de brassards de police, ou d’un manuel sur l’attitude à adopter pendant une interpellation. « Ce manuel a été distribué par des étudiants après l’affaire de Mantes-la-Jolie, les brassards servaient pour une pièce de théâtre, et le sabre, beaucoup de fans de mangas en ont, explique Safia Zidelkhile. On veut faire croire que ces jeunes sont dangereux, mais ce sont simplement des lycéens normaux, qui ont fait une bêtise. » Poursuivis pour « dégradation de bien public aggravée », les mineurs sont convoqués devant la justice le 17 mai, les majeurs le 19 novembre. Ils devraient aussi passer en conseil de discipline dans les prochaines semaines.

Alexandre Fache


:

Photos de l'article

Video de l'article

Articles similaires

 

France

Politique

Economie

Jeunesse

Culture

Technologie

Cinema Guichet

Valence ville

Drome

SPORT

Sante

Vidéos les plus vues

Monde

LE TOP 6 DES ARTICLES


siber güvenlik