Grèves et boycott des examens : les Stylos rouges défient le gouvernement
 


Grèves et boycott des examens : les Stylos rouges défient le gouvernement

Les Stylos rouges haussent le ton. Le mouvement, qui rassemblerait près de 70 000 membres, demande à Jean-Michel Blanquer de revoir sa copie sur l'école de la confiance et les différentes réformes du lycée. La fin d'année scolaire s'annonce tendue.

Les enseignants et personnels de l'Education nationale sont vent debout contre les nouvelles réformes du lycée général, technologique et professionnel, et la mise en place de la loi pour une école de la confiance. Dans une lettre aux airs d'ultimatum adressée au ministre le 8 avril, les professeurs menacent de grèves, ou de «boycott» des examens nationaux (en envisageant notamment d'accorder «la note maximale à toutes les copies»).

«On a la possibilité de gagner des choses concrètes à la condition qu’on tente, qu'on essaye de se mettre en mouvement. Et cela passera effectivement par des mobilisations, des grèves et des rassemblements», confirme Benoît Radek, assistant d'éducation à Lille et Stylo rouge.

Réunis dans un groupe Facebook, officiellement détachés de toute appartenance syndicale – à l'image des Gilets jaunes, ces Stylos rouges attendent que Jean-Michel Blanquer les écoute et revoie sa copie. Leur groupe fermé Facebook, majoritairement composé d'enseignants, rassemble près de 70 000 membres. Un nombre qui n'a cessé de croître depuis sa création en décembre.

Les griefs sont nombreux et ne semblent pas nouveaux. Les témoignages recueillis traduisent d'ailleurs une crispation latente depuis plusieurs années. «Mais l'attaque contre l'Education nationale n’a jamais été aussi forte qu'avec Jean-Michel Blanquer», assure Aurélien Petitfils, professeur d'histoire-géographie en collège et Stylo rouge.
Conditions de travail, salaires, classes surchargées...

La liste des critiques adressées au gouvernement est difficilement exhaustive. Celles-ci dépassent bien souvent le seul cadre des réformes entreprises par Jean-Michel Blanquer et s'inscrivent plutôt dans une continuité dénoncée par les Stylos rouges. Aurélien Petitfils pointe notamment du doigt une volonté supposée de faire fermer les filières professionnelles à terme, en arguant que la réforme du lycée professionnel conduira à une baisse des investissements. Une «tendance forte» qui était déjà observable selon lui sous le quinquennat de François Hollande.

Les lycées professionnels mis à la marge, Aurélien Petitfils constate que des élèves se retrouvent de fait en seconde générale contre leur volonté. «J’ai commencé devant une classe de seconde générale à 35, 10 à 15 d'entre eux ne voulaient pas être là mais ils ne pouvaient pas avoir d’autres orientations. Et faire cours à 35… ce n’est pas simple», déplore-t-il. A l'image du lycée professionnel, les enseignants observent une austérité économique dans l'ensemble du secteur scolaire.

La crainte est par conséquent identique envers la réforme du baccalauréat général avec la disparition, entre autres, des filières S, ES et L. «Cette histoire de tronc commun, on voit bien qu’il y a derrière une volonté cachée de faire des économies de postes et d’heures, puisque tout le monde va être groupé», appuie Claire Denis, professeur de mathématiques depuis cinq ans dans un lycée de l'Essonne et Stylo rouge de la première heure. Elle confirme que ses classes de seconde passeront l'année prochaine à 35 élèves, du fait de la réforme.

Les Stylos rouges veulent ainsi tenter d'enrayer la spirale de la suppression des postes (1 800 seront supprimés pour la rentrée 2019), de la rentabilisation les classes surchargées et de la contractualisation, c'est à dire le recours massif à des contrats courts plus précaires, comme le préconise la réforme de la fonction publique.

Comme nombre de Stylos rouges, Benoît Radek part d'un constat simple : celui de sa propre expérience. «Cela fait quatre ans que je suis dans une école, il y a six postes qui ont été supprimés depuis que je suis arrivé», explique-t-il. «Des postes de professeurs, dans l’administration, chez les AVS (auxiliaires de vie scolaire) ou les ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles), qui permettaient à l’école de fonctionner : on doit donc faire des heures supplémentaires et prendre en charge toutes ces tâches, comme celles confiées à ce personnel», se désole-t-il.

Plusieurs Stylos rouges confient le désarroi de leurs collègues, qu'ils retrouvent chaque semaine en larmes en salle des professeurs et des maîtres. Des professeurs titulaires, à qui d'aucuns envient leur supposée sécurité de l'emploi, finissent par démissionner. D'autant que certains professeurs ont à faire à des classes difficiles : Aurélien Petitfils compte dans l'une de ses classes près de trente élèves dont un grand nombre viennent de familles très précaires de l'ancien bassin minier lensois. «Une situation usante psychologiquement», s'exaspère-t-il.

Il signale en outre que les Stylos rouges sont étroitement liés au mouvement #pasdevague d'octobre 2018. Après un fait divers dans un établissement scolaire, les professeurs dénonçaient en masse sur les réseaux sociaux le manque de soutien de leur hiérarchie face aux violences et à certaines situations subies en classe.

Une situation plus que critique

Le niveau des salaires ne contribue évidemment pas à remotiver les troupes. L'OCDE, dans une récente étude, notait que le salaire mensuel des enseignants français était inférieur d'environ 200 euros à la moyenne des pays développés. Les professeurs allemands, par exemple, sont payés pratiquement le double. Est-ce dû au fait que les professeurs français travailleraient moins ? L'Insee rappelle pourtant que la moyenne horaire par semaine pour un professeur en second degré est de 41 heures, en comptabilisant les temps de préparation des cours, de correction des copies et de réunions pédagogiques.

Or, les enseignants voient leur point d'indice gelé depuis 2010 (malgré un léger dégel entre 2016 et 2017). Pour calmer ces tensions, Jean-Michel Blanquer avait annoncé quelques revalorisations sous forme de primes, concernant principalement les professeurs des écoles débutants ou ceux exerçant en REP+. Le ministre pensait également trouver une solution en annonçant une augmentation de la rémunération des professeurs... par l'encouragement des heures supplémentaires. Tous les professeurs ne pourront toutefois pas obtenir des heures supplémentaires, cela dépendant de leurs établissements et de la matière enseignée.

Dans d'autres établissements, au contraire, les professeurs seront contraints et forcés d'accepter jusqu'à deux heures supplémentaires pour éviter le recrutement de professeurs.

«C’est un peu se moquer de nous, à nous forcer, ce n’est même pas un choix», soupire Claire Denis, qui devra faire face à cette situation. Elle confie que l'ensemble de ses collègues étaient déjà «débordés» : «On a déjà vraiment beaucoup de travail. Ce qu’on voudrait, tout simplement, c’est d’être augmenté et que l’on reconnaisse notre travail actuel.»

En outre, des heures de cours en plus entraîneront mécaniquement une augmentation du temps de préparation et de correction - un temps de travail qui, lui, n'est pas rémunéré.

    Les Gilets jaunes nous montrent l’exemple

Pour les Stylos rouges, on est donc loin du compte. Benoît Radek rappelle qu'un enseignant, pour obtenir une titularisation, doit avoir un bac+5, réussir un concours avec deux épreuves écrites et deux orales, et être contrôlé une nouvelle fois après une année de formation. «A la fin, tout cela pour un salaire légèrement supérieur au SMIC», regrette-t-il.

Les Stylos rouges comptent bien faire reculer le gouvernement et réussir à obtenir une augmentation réelle des salaires. Parmi eux, nombreux sont ceux qui se disent également Gilets jaunes. Aurélien Petitfils les prend au demeurant pour modèle : «Pour moi, les Gilets jaunes nous montrent l’exemple. On peut obtenir des choses par le rapport de force, des manifestations, en bloquant, en embêtant.» S'il confesse aimer son métier, il assure faire toutes ces actions pour le bien des élèves, et pour éviter que l'école de la République ne se délite.

En attendant, les Stylos rouges espèrent parvenir à se faire entendre. Un enterrement de l'école de la République est prévu le 14 Avril devant la mairie des Ulis, pour contester la politique de Jean-Michel Blanquer. Claire Denis y sera. «C’est la première année où je me mobilise à ce point», assume-t-elle d'ailleurs. les Stylos rouges veulent croire qu'Emmanuel Macron ne peut se permettre un nouveau conflit social avant les élections européennes et misent donc sur une prompte réaction de Jean-Michel Blanquer.

Bastien Gouly


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