Attaque à la préfecture : Castaner reconnaît un 'dysfonctionnement d'Etat', pas un 'scandale d'Etat'
 


Attaque à la préfecture : Castaner reconnaît un 'dysfonctionnement d'Etat', pas un 'scandale d'Etat'

Les questions se multiplient après la tuerie de la préfecture de police survenue le 3 octobre. Christophe Castaner, qui n'entend pas démissionner, reconnaît un «dysfonctionnement d'Etat». Il sera auditionné par les parlementaires le 8 octobre.

Au micro de France Inter, ce 7 octobre, Christophe Castaner a reconnu un «dysfonctionnement d'Etat», mais pas un «scandale d'Etat» tel que l'évoque l'opposition politique française, qui demande sa démission après la tuerie de la préfecture de police survenue à Paris le 3 octobre, qui a fait quatre morts. Le ministre de l'Intérieur a rejeté les appels à sa démission, venus principalement des rangs de la droite et a précisé qu'il ne cherchait pas à se «dédouaner».

Interrogé sur l'absence de signalement lorsque Mickaël Harpon, auteur de l'attaque, avait cherché à excuser l'attentat de Charlie Hebdo en 2015, le ministre a cependant justifié : «Je pense qu'il n'y a pas eu d'alerte au bon niveau [...] Je n'étais pas aux responsabilités à l'époque. Ses collègues n’ont pas jugé nécessaire de le signaler. Mais ensuite les signaux d’alerte auraient dû être suffisants.»

Lors d'une prise de parole en conférence de presse, le 3 octobre devant les locaux de la préfecture à Paris, le ministre de l'Intérieur, qui venait de rencontrer les collègues de Mickaël Harpon (alors qu'ils étaient encore sous le choc de cette attaque commise par l'un des leurs), avait évoqué un salarié sans histoires, un fonctionnaire plutôt bien noté et dont le dossier ne mentionnait nullement la radicalisation islamiste à laquelle il était pourtant en proie. A cet égard, sur France inter, Christophe Castaner explique : «J’ai parlé sur la base des éléments qu’il y avait dans le dossier, j’ai dit la vérité. Ensuite il y a l’instruction judiciaire et le vendredi il y a eu d’autres éléments. Il n’y avait aucun signalement dans son dossier. Au contraire, c’était un agent bien noté. Aucun collègue de Harpon n’a fait état de quoi que ce soit. Il faut dire la vérité telle qu’on la connaît.»

A propos d'une éventuelle démission, le ministre de l'Intérieur oppose : «Je veux bien entendre que j’ai commis une faute, mais je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé en 2015 et le ministre de l’Intérieur ne doit pas se poser cette question alors que la police est frappée. C’est un dysfonctionnement d’Etat. Je n’étais pas en fonction en 2015. [...] Ce n’est pas le sujet, ma démission. Le dysfonctionnement je l’assume si j’ai commis des fautes.»

Les syndicats majoritaires soutiennent la version de l'exécutif

Sur le plateau de LCI, ce 7 octobre, le secrétaire départemental de Paris pour le syndicat Unité-SGP, Rocco Contento, a estimé, comme le ministre de l'Intérieur, qu’il y avait eu «une faille» dans la remontée de l’information et qu’elle pouvait être notamment attribuée aux relations interpersonnelles entre les collègues du service de la DRPP où travaillait Mickaël Harpon : «Les collègues ont fait un signalement verbal en 2015 et l’erreur terrible qui a été commise, c’est que ça n’a pas été consigné par écrit, ce n’est pas remonté. […] C’est une erreur manifeste, visiblement [de la part du supérieur hiérarchique], puisque d’autorité, il aurait dû consigner par écrit et faire remonter à sa hiérarchie cette problématique et on n’en serait pas là aujourd’hui.»

Syndicats minoritaires et associations appellent à la démission

Les syndicats majoritaires de la police nationale semblent assez peu présents sur les plateaux de télévision depuis la survenue de l’attaque. Contactés par RT France, deux d’entre eux (Unsa-Police et Unité-SGP) n’ont d’ailleurs pas répondu ce 7 octobre. De fait, ce sont les plus petits syndicats, ainsi que les porte-paroles d’associations policières qui se sont substitués à eux et qui ont tenu le haut du pavé sur les chaînes d’information continue, tels que Noam Anouar et Alexandre Langlois de ViGi-Police, ainsi que Jean-Pierre Colombies, porte-parole de l’Union des policiers nationaux indépendants.

Le syndicat ViGi-Police, certes minoritaire dans les urnes aux élections professionnelles de la police nationale, mais plus libre dans son expression médiatique, a ainsi émis un communiqué de presse le 7 octobre dans lequel l’organisation s’étonne que Mickaël Harpon n’ait pas perdu son habilitation secret défense : «Vivre avec une personne de nationalité étrangère, ce qui n’est nullement sanctionné pénalement, est un motif de perte d’habilitation secret défense ou d’accès à certains services. A l’inverse se radicaliser, ce qui n’est pas non plus pénalement répréhensible, n’entraîne pas de restrictions professionnelles, alors que les conséquences ne se limitent pas à de la fuite de renseignements, mais peut provoquer un attentat. Pourquoi ? La Police Nationale est une institution qui engendre bien souvent un management délétère et une grande souffrance au travail de nombreux agents, souvent accentuée en cas d’handicap. Cela se traduit par des burn-out et des suicides, dont le nombre a augmenté de façon catastrophique depuis que nous sommes dirigés par le trio : Castaner, Nunez et Morvan.»

Et le syndicat de poursuivre : «L’ego et la carrière d’une partie de notre hiérarchie passe avant nos vies et celles de la population. Nous avions également demandé le classement en dérive sectaire de certaines pratiques de l’islam incompatibles avec les valeurs de notre pays, mais ni le gouvernement de M.Hollande, ni celui de M.Macron ne nous ont entendus. […] M.Castaner a déclaré lors du journal de TF1 de 13h du 6 octobre, qu’il ne démissionnerait pas car il avait le soutien du syndicat Unité-SGP-Force Ouvrière. […] Mais qu’importe, car nous ne demandons pas la démission du ministre de l’Intérieur, de son secrétaire d’Etat, du directeur général de la Police Nationale ou de la directrice du renseignement de la Préfecture de Police. Non, nous demandons qu’ils soient virés de leurs postes sans qu’ils aient leur mot à dire. Nous espérons juste que président de la République et son premier Ministre auront assez de lucidité. On peut récompenser les copains en leur donnant des postes clés, mais encore faut-il qu’ils soient compétents pour les assurer.»

    J'en ai marre des minutes de silence ! Nous ne pouvons plus continuer à jouer les agneaux sacrificiels par manque de courage

Interrogé par RT France, Jean-Pierre Colombies, porte-parole de l'Union des policiers nationaux indépendants, association qui représente les policiers de terrain sans mandat syndical, estime pour sa part : «Il y a une première nécessité, il faut que Castaner démissionne et qu'on mette quelqu'un puisse vraiment incarner la fonction de ministre de l'Intérieur. Ce n'est pas la première fois qu'il fait des déclarations trop hâtives à son poste, ce n'est plus possible. Il aurait pu se retrancher derrière l'enquête et ne pas en dire plus, personne ne lui aurait reproché, mais non, il se met à parler du dossier de l'assaillant qui ne présente aucun signe de radicalisation... Il manque de sérieux, il n'a rien à faire là. Ensuite, il faut appeler à un total changement de philosophie dans cette police nationale et même dans toute la fonction publique.»

Ancien commandant de police, Jean-Pierre Colombies cite un exemple de dysfonctionnement qu'il a constaté par lui-même par le passé : «J'ai été confronté à une pourriture lorsque je travaillais au commissariat de Boulogne-Billancourt, une brebis galeuse. Je l'ai signalé et j'ai engagé deux procédures à son encontre, une disciplinaire et l'autre judiciaire. Mais la procédure a été bloquée en amont par le chef de service pour ne pas jeter l'opprobre sur son service. C'est comme ça, la fonction publique. Il faut apparaître comme un chef qui tient son service, alors tout ce qui fâche, on le met sous le tapis, sans quoi on peut craindre pour sa carrière. Il ne faut pas passer pour un mauvais élève, c'est aussi bête que ça.»

L'ancien policier a également une vue expérimentée sur la préfecture de police et les services de renseignement : «Le fonctionnement de la PP [préfecture de police de Paris] est bourré d'états majors. Ce système doit être remis à plat. On laisse en place des structures qui ne sont que des placards à cadres. A la DGSI [direction générale de la sécurité intérieure], c'est pareil : sur 1 600 effectifs, on a 160 commissaires, c'est beaucoup trop, c'est l'armée mexicaine ! Mettons fin à ces mille-feuilles hiérarchiques qui ne servent qu'à préserver l'avancement de certains cadres de la police nationale. Mettons fin à ce carriérisme qui mène à un manque d'efficacité...»

    Il faut que Castaner démissionne, il manque de sérieux, il n'a rien à faire là

Pour Jean-Pierre Colombies, cette structure trop lourde aurait en partie contribué à l'attaque : «Résultat, on redonne son habilitation secret défense à un mec radicalisé. On nous dit qu'il n'y avait rien dans son dossier alors que des collègues auraient fait part de ses écarts [Christophe Castaner lui-même a fait part de «discussions véhémentes» entre collègues sur France inter]. Moi je demande pourquoi ? Y a-t-il eu des pressions hiérarchiques pour que rien n'apparaisse ? Rien ne justifie que Mickaël Harpon soit resté en place et il n'y a qu'en France qu'une situation pareille est possible. Imaginez aux Etats-Unis un agent du renseignement qui se féliciterait de l'attentat du 11 septembre 2001... Les radicalisés, il faut les sortir de tout le service public, chauffeurs de bus, policiers, hospitaliers, profs, et il faut mettre en place un dispositif suffisant pour le faire !»

Et l'ancien policier de conclure, rageur : «Moi, j'en ai marre des minutes de silence ! Entrons en guerre pour de bon contre la radicalisation... Nous ne pouvons plus continuer à jouer, malgré nous, les agneaux sacrificiels par manque de courage. Je pose aussi la question, clairement : où sont les imams ? Où sont les intellectuels de l'islam ? Qu'ils prennent la parole !»

Christophe Castaner va être auditionné

En tout état de cause, Christophe Castaner doit être auditionné par la commission parlementaire au renseignement le 8 octobre pour s'expliquer. Le président de cette commission Christian Cambon a annoncé : «Nous sommes dans les éléments techniques pour savoir où cela a péché. On va essayer de trouver quels sont les dysfonctionnements. Il y a une chaîne de questions intéressantes qui sont : l’habilitation, l’identification des membres qui se sont radicalisés, la sécurité et surtout la question de savoir quels éléments cet agent du service informatique a pu se procurer. [Car] il peut les utiliser, les transmettre.»

Antoine Boitel


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