'Des snipers inconnus tirent sur les manifestants et les forces de l'ordre' (Défense irakienne)
 


'Des snipers inconnus tirent sur les manifestants et les forces de l'ordre' (Défense irakienne)

L'ex-ambassadeur US en Irak dans les années d'occupation, John Negroponte, a lancé un jour à un responsable irakien la phrase suivante : " Savez-vous pourquoi il n'y a pas de coup d'État aux États-Unis ? Et bien parce qu'aux États-Unis, il n'y a pas d'ambassade US ! ". Depuis mardi, la phrase ne cesse de se vérifier au contact de ce qui se passe dans les rues de Bagdad et des grandes villes irakiennes. La corruption endémique dont souffre l'État irakien étant un héritage du protectorat Bremer (tout comme en Afghanistan), les manifestants irakiens exigent, tout comme leur droit constitutionnel le permet, que les choses changent. Soit. Mais de là à voir des snipers s'infiltrer dans les rangs des manifestants et buter à la fois les manifestants et les forces de l'ordre, il y a là un pas que seule l'ambassade américaine peut franchir.

Selon la télévision irakienne, des individus à l’identité inconnue ont ouvert le feu, vendredi 4 octobre au soir, sur les manifestants réunis à Bagdad, capitale irakienne. Deux forces de sécurité et deux civils ont été tués. L’incident a eu lieu sur la place Tayaran. L’équipe de presse sécuritaire irakienne, organe médiatique de l’armée irakienne, avait d'ailleurs auparavant fait part des "tirs nourris" en direction des protestataires ayant pour objectif de "semer la zizanie au sein de la population" et de "provoquer un conflit à caractère confessionnel" en Irak. Au fait, des informations officieuses en provenance des réseaux sociaux, ne cessent d'accuser les forces de l'ordre et surtout les forces des Hachd al-Chaabi d'avoir tiré sur la population. Certains évoquent même des bilans de plus de 60 morts sans évidemment que ces chiffres soient confirmés par des sources dignes de foi. S'il est vrai que le couvre-feu vient d'être levé à Bagdad et que les grandes villes du pays ont connu un vendredi relativement calme, la presse saoudo-israélienne continue à colporter les scènes de "guerre civile" où les manifestants "scandent des slogans anti-irakiens". Le Hashtag (#iraq_protest) devenu tendance vendredi 4 octobre a attiré l’intérêt des sources sécuritaires irakiennes. Selon ces sources, 70 pour cent des tweets envoyés en soutien à ce Hashtag seraient en provenance de l'Arabie saoudite.

Des photos ont été publiées mettant en scène une cyberarmée saoudienne, en état d'hyperactivité ces derniers jours. L'Arabie saoudite dispose depuis 2016 en Irak d'un centre de "lutte contre l'extrémisme" d'où partiraient visiblement ces tweets.

Pour de nombreux observateurs, les manifestations en Irak partent d'un nouveau projet signé Israël-Arabie saoudite-États-Unis, lequel vise à provoquer la démission du gouvernement irakien et surtout la dissolution des Hachd al-Chaabi, seule force armée souverainiste qui s'oppose aux projets expansionnistes US en Irak.

Les États-Unis vont-ils réussir ?

Rien n'est moins sûr : après avoir tenté en vain d'obtenir la dissolution des Hachd al-Chaabi, les Américains s'en sont pris aux bases et aux positions de ces dernières par Israël interposé. Or, la contre-attaque des Hachd, le 28 septembre, à Abou Kamal-Qaem a pris de court le camp pro-américain. Ces manifestations somme toute parfaitement légales constituent un troisième acte dans la rude bataille qu'ont engagée les Américains pour rester en Irak, et ce, malgré les ressentiments croissants de la population. Car n'oublions pas que le Parlement irakien, que certaines fractions viennent de boycotter, travaille ardemment sur une révision voire une annulation du pacte militaire signé en 2010 entre l'Irak et les États-Unis, souligne Cheikh al-Islam, l'analyste des questions irakiennes.

Il est peu probable que l'État irakien capitule. Le Premier ministre a jugé légal le droit de contestation pour les Irakiens et s'engage à coopérer avec tous les organes pour réaliser les revendications du peuple. Mais de là à laisser les choses s'envenimer, c'est un pas contre lequel l'État réagirait. Les frappes anti-Hachd de l'été ont préparé le terrain pour que ces dernières prennent le contrôle des frontières du pays avec la Syrie, l'Arabie saoudite et la Jordanie, cette nouvelle provocation US finirait pas remettre en cause la présence même de l'ambassade US, ajoute-t-il.


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