Invités décommandés, émissions annulées… le cas Polanski embarrasse le cinéma français
 


Invités décommandés, émissions annulées… le cas Polanski embarrasse le cinéma français

En pleine promotion de son film « J’accuse », le cinéaste est accusé de viol par la photographe Valentine Monnier. Le milieu du cinéma est pourtant resté plutôt silencieux.

A deux jours de la sortie de J’accuse, le film de Roman Polanski sur l’affaire Dreyfus, la gêne est palpable dans le cinéma français comme dans les médias. La situation du réalisateur, visé par une nouvelle accusation de viol, qu’il nie, embarrasse un milieu régulièrement soupçonné de trop protéger l’artiste multi-récompensé, toujours poursuivi par la justice américaine. Depuis la publication vendredi 8 novembre du témoignage de la photographe Valentine Monnier, qui dit avoir été « rouée de coups » et violée par Roman Polanski en 1975 à l’âge de 18 ans, le milieu du cinéma est resté plutôt silencieux.

Un contraste marquant avec les nombreux messages de soutien adressés la semaine dernière à l’actrice Adèle Haenel, qui a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » quand elle était adolescente. Adèle Haenel est d’ailleurs l’une des seules figures du 7e art à avoir apporté son « soutien » à Valentine Monnier, dont l’accusation, la première portée par une Française, s’ajoute à celles d’autres femmes ces dernières années, toutes niées par le réalisateur.

Jean Dujardin, l’acteur principal du film récompensé par le grand prix du jury à la Mostra de Venise, a annulé sa venue dimanche au 20 heures de TF1. France Inter a annoncé qu’Emmanuelle Seigner, l’épouse de Polanski, qui joue dans le film, s’était aussi « décommandée » de l’émission « Boomerang » prévue mardi, tandis que le programme radio « Popopop » enregistré avec Louis Garrel, autre acteur du film, n’a pas été diffusée lundi. L’émission d’Antoine de Caunes ayant été enregistrée en avance, France Inter a jugé « impossible » de la diffuser puisque « la question de cette nouvelle accusation n’était pas posée », a expliqué sur l’antenne la directrice de la radio publique, Laurence Bloch. France Inter, partenaire du film, continuera cependant à en faire la promotion, a-t-elle précisé, ajoutant que les « auditeurs sont adultes ». France 5 n’a pas non plus diffusé ce lundi l’émission « C à vous », enregistrée avec Louis Garrel.

L’ARP (Société civile des auteurs, réalisateurs et producteurs), dont fait partie le cinéaste de 86 ans, a assuré que s’ils « devaient trancher sur le statut de Roman Polanski, ils le feraient avec l’accord des cinéastes » membres. Mais aucun conseil d’administration n’est prévu « pour l’instant ». Roman Polanski est aussi membre de l’Association pour la promotion du cinéma (APC), qui chapeaute l’Académie des Césars. Sollicité par l’AFP, son président Alain Terzian n’a pas répondu.

Des soutiens de poids dans le monde de la culture

Le réalisateur franco-polonais, oscarisé pour Le Pianiste – et récompensé par plusieurs Césars et une Palme d’or –, a toujours trouvé des soutiens en France depuis qu’il a fui les Etats-Unis en 1978, sous le coup de poursuites pour relations sexuelles illégales avec une mineure. Mais il fait face à une indignation grandissante des militantes féministes.

En 2017, des femmes avaient manifesté en France contre une rétrospective qui lui était consacrée à la Cinémathèque. La même année, il avait renoncé à présider les Césars. Le cinéaste avait cependant été soutenu par ces institutions – Alain Terzian justifiant son choix comme « indiscutable » – alors qu’aux Etats-Unis, l’Académie des Oscars a décidé de l’exclure.

Dans sa tribune dans Le Parisien, Valentine Monnier dénonce l’attitude d’un « inconditionnel cénacle d’intellectuels et d’artistes persistant à (…) soutenir » Roman Polanski malgré « de nombreuses autres accusations de viol » et malgré le mouvement #metoo. La photographe s’interroge en outre sur le fait que le réalisateur bénéficie des aides publiques. Le ministère de la culture a confirmé à l’Agence France-pressse avoir reçu une lettre de Mme Monnier à ce sujet, transmise par le cabinet de Brigitte Macron. Les services de Franck Riester l’ont fait suivre au Centre national du cinéma (CNC) et à France Télévisions, le film étant coproduit par France 2 et France 3.

Catherine Deneuve, qui avait tourné avec lui dans Répulsion, n’a par exemple jamais cessé de le soutenir, comme elle l’a fait à nouveau avant la Mostra, où la sélection de J’accuse avait indigné. Le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, avait aussi estimé en 2017 que « c’est une affaire qu’il faut bien connaître pour pouvoir en parler ». « Ça fait quarante ans (…). Le pardon est nécessaire dans la société », a encore observé récemment le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française. Cet été, le directeur de la Mostra, Alberto Barbera, a plaidé pour « faire une distinction très claire entre l’homme et l’artiste », même si la présidente du jury, Lucrecia Martel, avait affirmé être « très gênée » par la sélection du film.


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