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WhatsApp, Facebook: derrière la publicité ciblée, la dystopie forcée

Le 18 décembre, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a ordonné à la messagerie mobile instantanée WhatsApp d’encadrer les transferts de données personnelles de ses utilisateurs avec Facebook. L’entreprise a un mois pour se plier au droit français. La France parviendra-t-elle à protéger nos données?

«Si c'est gratuit, c'est toi le produit», un adage numérique qui se vérifie encore en France, après l'Allemagne et le Royaume-Uni. En effet, l'application WhatsApp est accusée de transfert illégal de données vers le réseau social Facebook. Numéros de téléphone, habitudes d'utilisation… passent d'une application à l'autre, à des fins notamment publicitaires. Une pratique qui touche quelque 10 millions de Français. La messagerie a tenté de se montrer rassurante, estimant que cela ne représentait que «très peu de données», d'après Le Monde.

Même si la une nouvelle version des conditions d'utilisation fait apparaître que les données des utilisateurs sont désormais transmises à Facebook, cela se fait à son insu… l'utilisateur n'ayant, en réalité, par vraiment le choix, comme nous l'explique Me Thierry Vallat, avocat spécialiste du droit de l'internet:

«Ce n'est pas un consentement éclairé. C'est un consentement forcé: WhatsApp dit "Vous voulez WhatsApp? Vous êtes obligés de donner votre consentement." Ce n'est pas volontaire, c'est forcé […] C'est ça qui est répréhensible aujourd'hui.»

Facebook n'en est pas à son coup d'essai. Lors de l'enquête sur le projet de rachat de WhatsApp, l'entreprise californienne avait menti à la Commission européenne, affirmant que la société ne «serait pas en mesure d'associer automatiquement et de manière fiable les comptes d'utilisateurs des deux sociétés». Mais Bruxelles avait finalement découvert que cela était techniquement possible à ce moment-là. La Commission avait alors sanctionné Facebook d'une amende de 110 millions d'euros.

«C'est un gros montant. Mais aussi une épingle dans cet océan de liquidités dont dispose le géant américain. Je ne dirai pas que Facebook s'en fiche. Elle a quand même fait des efforts et coopère davantage avec les autorités de régulation européennes sur d'autres problèmes […] La multiplication des amendes finit par porter ses fruits.»

Ailleurs en Europe, Facebook s'est encore fait épingler. L'office fédéral des ententes allemand l'accuse d'abus de position dominante. Le gendarme de la concurrence lui reproche de collecter auprès de réseaux tiers (WhatsApp et Instagram) des données sur ses usagers, toujours à leur insu, afin d'en tirer plus de recettes publicitaires. En revanche, l'entreprise ne risque pas d'amende financière. Elle serait simplement obligée de revoir ses règles d'utilisation dans le pays.

Et de conclure:

«On a de plus en plus de sanctions, de demandes allemandes, françaises et d'autres pays européens pour lutter contre l'hégémonie des Gafa. Les données personnelles, c'est l'enjeu majeur de tout ce jeu numérique. Les données, c'est l'or blanc. Pas seulement en matière de publicité, mais en matière de connaissance sur votre comportement, votre style de vie.»


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