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Psychiatrie. Le CHU de Saint-Étienne accusé de 'pratiques indignes'

Contentions abusives, placements à l’isolement systématiques, attentes interminables sur de simples brancards… Un rapport de la contrôleuse des lieux de privation de liberté pointe l’accueil « dégradant » des patients relevant de la psychiatrie.

C’était il y a deux ans, quasiment jour pour jour. La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) fustigeait les conditions indignes d’accueil des patients dans le service de psychiatrie de l’hôpital de Bourg-en-Bresse (Ain). « On a constaté le cas d’une jeune femme qui était depuis un an en chambre d’isolement, les quatre membres attachés, mais qui par contre était autorisée à rentrer chez elle tous les week-ends, où elle vivait normalement, allait chez le coiffeur… » témoignait ainsi Adeline Hazan. La magistrate et ex-élue PS pointait là « les violations les plus graves aux droits fondamentaux » constatées par ses services, après la visite de 40 % des établissements psychiatriques en France. En septembre dernier, le député (FI) François Ruffin racontait lui aussi, au lendemain de 24 heures passées à l’hôpital psychiatrique d’Amiens (Somme), une maltraitance institutionnalisée. Un constat confirmé deux mois plus tard par sa collègue LREM Barbara Pompili, qui exprimait sa « honte » devant la situation imposée aux patients et aux personnels de la structure picarde.
Sept jours attaché à un brancard sans se laver

Jeudi, c’est une autre visite impromptue, effectuée début janvier, qui a donné lieu à un nouveau rapport cinglant de la contrôleuse des lieux de privation de liberté, visant cette fois le CHU de Saint-Étienne (Loire). Parmi les dysfonctionnements relevés, le « traitement inhumain ou dégradant », au sens de l’article 3 de la convention européenne des droits de l’homme, subi par plusieurs des patients croisés lors de cette visite menée du 8 au 15 janvier, notamment dans le service des urgences générales de l’hôpital. Les contrôleurs y ont constaté « la présence de vingt patients relevant de la psychiatrie, en attente de places. Treize de ces vingt patients attendaient allongés sur des brancards dans les couloirs mêmes des urgences ». Et sept « faisaient l’objet de contentions au niveau des pieds et d’une ou des deux mains » et « se trouvaient là depuis des durées allant de quinze heures à sept jours, cinq étant présents depuis plus de trois jours. Ils n’avaient pu ni se laver, ni se changer, ni avoir accès à leur téléphone portable ». Un constat révoltant, alors que, précise le rapport du CGLPL, « aucun de ces patients ne présentait d’état d’agitation, certains demandant juste à pouvoir être détachés, sans véhémence ».

Pour l’ancien infirmier psychiatrique Serge Klopp, ces pratiques s’expliquent en partie par l’incompréhension et même la peur que suscitent de plus en plus les patients relevant de la psychiatrie. « Envoyés aux urgences générales, ces malades y rencontrent des personnels qui, souvent, ne sont pas formés pour comprendre leurs symptômes ou leurs maux. Cette méconnaissance entraîne de la peur et un recours bien trop fréquent à la contention », analyse le membre du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. Problème, à Saint-Étienne : les pratiques de contention et les mises à l’isolement systématiques concernent aussi le pôle psychiatrie lui-même. « Une patiente non agitée mais souffrant de troubles compulsifs est ainsi placée en isolement dans sa chambre ordinaire depuis plusieurs mois, avec porte des toilettes fermée à clé et quatre sorties d’un quart d’heure autorisées par jour pour fumer », relève le rapport, qui condamne des pratiques « illégales et abusives, qui doivent cesser immédiatement ».
Le constat, c’est que les moyens de la psychiatrie ont reculé

Mis en cause, le CHU de Saint-Étienne a indiqué « ne pas contester ces observations » et précisé à l’AFP avoir engagé un « plan d’action d’envergure ». Les urgences générales devraient être réaménagées pour une meilleure prise en charge des patients avec des problématiques de santé mentale, avant qu’un « nouveau pôle unique de psychiatrie, représentant un investissement de 25 millions d’euros, à proximité des urgences, ne voie le jour d’ici trois ans », a expliqué Michaël Galy, le directeur général du CHU depuis octobre. Fin janvier, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait, elle, promis que la psychiatrie ne serait plus le « parent pauvre » de la santé en France. « Un bien beau discours, mais on peine à y croire, relativise Serge Klopp. Ce que je constate, c’est que les moyens de la psychiatrie ont reculé dans le dernier projet de loi de financement de la Sécurité sociale. »

L’igas veut un plan d’investissement

Un plan d’investissement hospitalier en faveur de la psychiatrie « est nécessaire », affirmait début février un rapport de l’inspection générale des affaires sociales. Le texte pointait « des conditions de prise en charge peu sûres et peu dignes », notamment certaines chambres d’isolement « sans toilettes, avec un seau hygiénique ». L’Igas n’a toutefois pas chiffré les besoins, plaidant pour « un état des lieux des problèmes existants ».

Alexandre Fache


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