Solidaire d’une Turquie libre
 


Solidaire d’une Turquie libre

Par Patrick le Hyaric. La Turquie a derrière elle une longue et mauvaise histoire de coups d’état, chaque fois suivis par des arrestations en masse, des tortures, des pendaisons. La tentative de putsch du 15 juillet ne déroge pas à la règle. Personne ne peut dire avec certitude qui en est à l’origine. Il est vraisemblable qu’il s’agit de la poursuite d’une fratricide guerre entre clans au pouvoir ou d’alliés d’hier. Pour nous, il est heureux que ce coup d’état ait échoué.

Le dire n’est pas prendre partie pour Mr Erdogan. Nous refusons en effet de choisir entre la peste et le choléra et soutenons la création d’une société turque démocratique, laïque, ouverte, capable de jeter des ponts entre l’Europe, le Proche et Moyen-Orient. Ajoutons que là comme ailleurs, la question des intérêts du monde du travail est en jeu d‘autant que de grand secteurs économiques sont monopolisés par les multinationales occidentales.

Les protagonistes possibles du coup de force partagent avec Mr Erdogan l’ultralibéralisme, la volonté d’un Etat islamisé, des penchants dictatoriaux et le refus de faire droit aux légitimes aspirations des Kurdes. L’échec de ce curieux coup d’Etat a par contre permis, à celui qui se prend pour le nouveau sultan, de renforcer son assise dans le pays, en accélérant une violente purge

entamée depuis les mouvements sociaux de l’année 2013. Plus de 17000 gardes à vue dont 6000 arrestations ont été décidées. Plus de 60000 fonctionnaires, qu’ils soient enseignants, magistrats ou policiers, ont été démis de leurs fonctions et 3000 militaires emprisonnés. Une centaines de médias de presse écrite, des télévisions et radios sont fermés. Le même sort a été réservé à des centaines d’écoles privées, proches de la mouvance Gulen. Le risque qu’encore plus de forces progressistes, de partis d’opposition, de syndicats, de mouvements étudiants se retrouvent exposés aux foudres du maître d’Ankara, est réel et inquiétant.

Le mythe de « l’ennemi intérieur » constitue toujours une source inépuisable de l’argumentaire de dirigeants extrémistes pour rallier à eux les foules. C’est le moyen d’obtenir des populations qu’elles acceptent de nouveaux sacrifices et de nouvelles privations de libertés. Cette orientation est, d’un côté, contestée par l’administration nord-américaine et les institutions européennes. De l’autre, le rôle majeur de la Turquie dans l’Otan et sa candidature d’adhésion à l’Union européenne semblent curieusement échapper aux débats. Mr Erdogan pourrait avoir les mains libres pour consolider sa mainmise sur la société turque. Son objectif est de la réconcilier avec son passé ottoman, sur la base d’une propagande conservatrice, nationaliste, religieuse, antirépublicaine et d’une

idéologie de conquête et de développement de son influence dans le monde musulman. En ce sens, la politique internationale d’Ankara se modifie rapidement comme en témoigne, entre autres, le déplacement en Russie pour rencontrer Mr Poutine. Des démarches similaires sont entreprises vers Israël, l’Iran et les autorités égyptiennes. Le premier ministre Turc a même émis l’hypothèse d’une reprise des relations avec la Syrie, au nom du respect de son intégrité territoriale. Autant d’importantes voltes-faces qui tranchent avec les relations qu’entretenait, il y a peu, la Turquie avec les djihadistes de Daech. Si une période nouvelle semble pouvoir s’ouvrir, rien n’indique qu’elle sera davantage porteuse de paix que la précédente. Les Kurdes restent les ennemis jurés de la direction Turque. Alors qu’il y a quelques jours, les combattants Kurdes ont libéré la ville syrienne de Manbij de Daech, le ministre Turc des affaires étrangères a exigé que les Kurdes se retirent de la partie orientale de L’Euphrate. Ces mouvements ont lieu à quelques encablures de la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis qui aura des conséquences pour la marche du monde. Dans un moment nouveau aussi, où a Moscou et a Pékin, sont réaffirmés avec insistance leurs souhaits d’un monde multipolaire et où « l’occidentalisme » est de plus en plus contesté. Loin de prendre la mesure des changements en cours, la France et l’Union

européenne, poursuivent leur alignement sur les choix de Washington et de L’OTAN. Or, avec un autre positionnement, elles pourraient jouer aujourd’hui un rôle nouveau au service d’un monde plus harmonieux, coopératif, solidaire, respectueux des souverainetés nationale et populaire.

Il y a tant à faire pour aider à ce que progresse la paix, notamment en apportant une réponse positive aux demandes des Kurdes qui risquent fort d’être les grandes victimes de ce nouveau ballet diplomatique dans lequel Erdogan va chercher à obtenir au moins la neutralité des pays voisins. Tant à faire pour la reconnaissance de l’Etat palestinien et pour lui permettre de vivre et de se développer. Tant à faire pour que L’Union Européenne et les Etats–Unis cessent de considérer le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) comme une organisation terroriste alors qu’il est en première ligne les armes à la main dans le combat contre les terroristes. Tant à faire pour que s’engagent des discussions avec des forces démocratiques et progressistes au Proche et Moyen-Orient, comme en Afrique, pour de projets de reconstruction et de développement durable. Tant à faire aussi pour que le Proche et Moyen-Orient soient déclarés rapidement « zone dénucléarisée » et pour progresser vers le démantèlement de toutes les armes nucléaires, celles de l’OTAN comme des autres puissances qui en disposent.

Nous avons la conviction qu’une voix indépendante de la France et de l’Union européenne pourrait beaucoup contribuer à ce que progressent des idéaux de paix, de solidarité, de liberté et de coopération là où se multiplient les risques de confrontations et de déflagrations. Comme toujours c’est la voix des peuples qui doit se faire entendre plus et mieux.

Solidaire du peuple de Turquie à la riche histoire, de grande culture, aux traditions de lutte pour la paix et les libertés, nous refusons de choisir entre les faces d’une même médaille pour, partout, nous situer du côté du combat pour la démocratie et de l’émancipation humaine.

Patrick Le Hyaric


:

Photos de l'article

Video de l'article

Articles similaires

 

France

Politique

Economie

Jeunesse

Culture

Technologie

Cinema Guichet

Valence ville

Drome

SPORT

Sante

Vidéos les plus vues

Monde

LE TOP 6 DES ARTICLES


siber güvenlik