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Soutien aux avocats emprisonnés en Turquie !

Depuis la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, la Turquie est rentrée dans une ère de purges justifiées par la mise en place d’un état d’urgence qui a duré deux ans. Des milliers de personnes ont été et sont encore aujourd’hui limogées en application de la loi  « anti-terrorisme » actuellement en vigueur : professeurs, journalistes, avocats… Lundi 10 septembre se tiendra au Tribunal d’Istanbul le procès des 21 avocats turcs emprisonnés depuis 336 jours.

Ils sont avocats en Turquie. Ils sont avocats et détenus pour cela. Ils sont 21 à être incarcérés depuis 336 jours pour des faits de terrorisme alors que leur seul crime est d’avoir défendu des personnes elles-mêmes sous coup du même chef d’inculpation. Or ce terme en Turquie est désormais galvaudé et justifie malheureusement la lutte implacable que mène depuis quelques années le gouvernement d’Ankara contre toute forme de dissidence.

Ils sont membres de l’Association des juristes progressistes (Çağdas Hukukçular Derneği – ÇHD) et du Bureau de droit pour le peuple (Harkın Hukuk Bürosu - HHB). Ils sont les avocats du peuple, emprisonnés pour leur défense, pour la défense des pauvres, des opprimés et pour celle des droits et libertés.  il leur a été reproché en premier lieu d’avoir voulu défendre Nuriye Gülmen et Semih Ozakça (les deux enseignants en grève de la faim durant plus d’un an pour récupérer leur poste perdu par décret-loi) mais également d’avoir participé, entre autres, aux procès de Dilek Doğan (jeune fille de 24 ans décédée des suites d’une blessure par balle tirée à bout portant par la police lors d’un raid nocturne « anti-terroriste ») et Berkin Elvan (adolescent de 15 ans grièvement blessé par une grenade lacrymogène lors de la vague de contestation antigouvernementale de juin 2013 de Gezi Park à Taksim Square à Istanbul). Ils sont également incarcérés pour avoir représenté les familles des mineurs tués à Soma et Ermenek où 301 d’entre eux ont perdu la vie lors d’une explosion. Ou encore, les étudiants emprisonnés pour revendiquer une éducation universitaire libre, scientifique et démocratique. Ils sont les avocats des membres de Tayad et des artistes du peuple. Ils luttent contre la prostitution et le fascisme.
On les a également accusé d’avoir remis en cause certaines pratiques juridiques illégales ayant cours dans le cadre de l’état d’urgence, d’avoir créé un comité de défense de causes considérées « criminelles » par le gouvernement du président Erdogan ainsi que d’avoir tenu dans ce même cadre des conférences de presse au nom du DHKP-C.

La liberté de défense est menacée
Pour cela, leurs locaux ont été perquisitionnés et ils ont été menacés par le gouvernement en place. Arrêtés avec l’usage de la force par la police à Istanbul, Ankara et Izmir, ils sont soumis à une politique de dispersion dans dix prisons différentes. Confrontés aux violences physiques et à la torture comme Engin Gökoğlu qui a eu le bras cassé, ils subissent aussi des représailles sous forme de d’interdiction de visite, ou de censure de courrier ou d’appels téléphoniques. Certains, afin de les fragiliser psychologiquement, sont dans des cellules d’isolement. Et c’est le cas de Selçuk Kozağaçlı, président du ÇHD. D’autres sont transférés dans d’autres centres pénitentiaires, sans leurs effets personnels et sans en avertir leurs familles, ni leurs avocats.

Cependant, et ce malgré les conditions d’emprisonnement qu’ils subissent au quotidien, ces avocats, parce qu’ils sont les avocats du peuple, continuent de défendre leurs clients et à exercer comme avocats en prison. Car l’état de droit a disparu en Turquie. Il s’en est allé en même temps que la démocratie…

Voici la situation déplorable de la justice en Turquie. Elle est devenue un moyen d’instrumentalisation du gouvernement de l’AKP pour neutraliser ses opposants et réduire tout voix critique au silence. Il est donc indispensable de soutenir ces 21 avocats turcs, identifiés aux causes qu’ils plaident. Parce que dans ce pays, défendre une personne accusée de terrorisme vous rend complice de ce même chef d’accusation.  Ils sont les avocats du peuple opprimé par le gouvernement du président Réceip Tayip Erdoğan.
Les politiques, les représentants d’ONG ainsi que les avocats, les démocrates et les syndicats se doivent de les soutenir le 10 septembre à Istanbul.

Quelques heures avant son arrestation Selçuk Kozağaçlı avait tweeté : « la solidarité nous rend meilleurs et plus forts ». Seule cette solidarité indispensable envers tous les avocats turcs incarcérés pour avoir défendu leur intégrité en combattant avec équité les oppressions du pouvoir en place pourra permettre de rétablir la justice dans le pays. Et pour ceci, il leur est indispensable d’avoir le soutien de leurs confrères internationaux. La mission d’un avocat est d’octroyer à chacun un procès équitable. Il appartient à chaque personne soucieuse de faire respecter les droits fondamentaux des individus d’œuvrer pour que les avocats du peuple turc ne soient pas l’objet d’une parodie de justice, comme il est en vigueur dans le pays désormais.

Béatrice Taupin
Dogan Presse Agence


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