Retraites : plus d’un million de manifestants selon la police, plus de deux millions selon la CGT

Manifestations, grèves… Tout ce qu’il faut retenir de la journée de mobilisation du 19 janvier.

La grève contre la réforme des retraites a été particulièrement suivie ce jeudi 19 janvier. Manifestations, écoles fermées et trains au compte-goutte : la France a vécu une première journée de mobilisation mouvementée et très suivie, avant une deuxième, le 31 janvier, date sur laquelle se sont accordés les huit principaux syndicats français.
1,12 million de manifestants en France dont 80 000 à Paris, selon l’Intérieur

Plus d’un million de personnes (1,12 million) ont défilé ce jeudi en France, dont 80 000 à Paris, contre le projet de réforme des retraites du gouvernement, selon un décompte diffusé par le ministère de l’Intérieur. Un chiffre inférieur à celui de la CGT : "plus de deux millions" de personnes ont défilé en France, d’après le secrétaire général du syndicat, Philippe Martinez.

Un peu plus tôt, la CGT avait annoncé que 400 000 personnes ont manifesté cet après-midi à Paris. Des heurts ont par ailleurs éclaté entre forces de l’ordre et manifestants autour de la place de la Bastille, avec jets de projectiles et usage de gaz lacrymogènes.

Selon la préfecture de police, au moins 30 interpellations ont été opérées lors de la manifestation, qui a débuté vers 14h15 place de la République à destination de la place de la Nation, via la Bastille. Les heurts se sont déroulés alors que les délégations syndicales se trouvaient loin derrière. Dès le début de la manifestation, la préfecture de police avait indiqué avoir détecté "des éléments à risque" dans le cortège.

Les manifestations font le plein dans les villes de taille moyennes

Plus de 13 000 manifestants à Pau, 8000 à Châteauroux ou encore 6500 à Mulhouse : les manifestations contre la réforme des retraites ont dépassé celles de 2019 dans de nombreuses villes moyennes, selon les chiffres des autorités.

Des cortèges fournis, parfois davantage qu’il y a trois ans. Comme à Angoulême, où la police a dénombré 9000 participants, près du double de la première mobilisation contre la précédente réforme des retraites. La jauge du 5 décembre 2019 est aussi nettement dépassée dans d’autres préfectures du sud-ouest comme Périgueux (6500), Agen (5000) et Guéret (3300). Forte mobilisation également à Chartres (10 000), Alès (7200), Boulogne-sur-Mer (5200), Belfort (4000) ou Auch (3500), entre autres.

Dans les grandes villes, les chiffres étaient souvent supérieurs à ceux du 5 décembre 2019, comme à Toulouse (36 000), Nantes (25 000) ou Lyon (23 000), et parfois légèrement inférieurs comme à Bordeaux (16 000) ou Montpellier (15 000).

Comme à l’accoutumée, les comptages des autorités diffèrent de ceux des syndicats, la plupart du temps du simple au double comme à Orléans (de 12 000 à 25 000), sauf à Marseille où l’écart varie de un à cinq (entre 26 000 et 140 000). Certaines estimations sont à l’inverse très proches, comme à Tours (entre 14 000 et 15 000).

Unis pour la première fois depuis douze ans, les huit syndicats prévoyaient des rassemblements dans 215 à 250 villes selon les sources, et espéraient une mobilisation "massive" dépassant "le million" de manifestants. Le 5 décembre 2019, au démarrage de la contestation contre le précédent projet de réforme des retraites, la police avait compté 806 000 manifestants en France. Pour la CGT, ils étaient 1,5 million.

Les syndicats satisfaits d’une mobilisation "réussie"

La mobilisation contre la réforme des retraites "est au-delà de ce qu’on pensait", s’est félicité le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, avant le lancement de la manifestation parisienne en début d’après-midi. "On est clairement sur une forte mobilisation", a déclaré Laurent Berger.

"Je pense que le million va être dépassé", avait pour sa part déclaré le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, dans le carré de tête de la manifestation à Paris, évoquant lui aussi une "mobilisation "réussie". Il a salué "une union des syndicats, gage de confiance pour les salariés".

Macron défend une "réforme juste et responsable"

Emmanuel Macron a déclaré ce jeudi espérer que les manifestations contre la réforme des retraites se feront "sans trop de désagrément" pour les Français, et "évidemment sans débordements, ni violences, ni dégradations". La réforme des retraites a été "démocratiquement présentée, validée" et elle est "surtout juste et responsable", a également déclaré le président français depuis Barcelone, à l’occasion d’un sommet franco-espagnol. L’exécutif poursuivra sa réforme "avec respect, esprit de dialogue, mais détermination et esprit de responsabilité", a-t-il ajouté.

La Première ministre Elisabeth Borne a de son côté salué les "bonnes conditions" dans lesquelles se sont déroulées les manifestations, en promettant de continuer "à débattre et à convaincre". "Je salue l’engagement des forces de l’ordre, comme des organisations syndicales, qui ont permis aux manifestations de se dérouler dans de bonnes conditions", a affirmé la cheffe du gouvernement sur Twitter. "Permettre que les opinions s’expriment est essentiel pour la démocratie", a ajouté Elisabeth Borne.

"La mobilisation est importante", a reconnu jeudi sur RTL le ministre du Travail, Olivier Dussopt. "Il faut écouter les messages dans les cortèges de cet après-midi et de ce matin", a-t-il poursuivi.

Un trafic "très perturbé" en région parisienne

Dans les transports en commun, le taux de gréviste a atteint 46,3 % ce jeudi à la SNCF. Dans le détail, on compte 77,4 % de grévistes chez les conducteurs de trains de voyageurs, 50,8 % chez les contrôleurs ou encore 48,4 % chez SNCF Réseau, où travaillent les aiguilleurs et les agents chargés de la maintenance des voies. Chez SNCF Voyageurs, la compagnie en charge de faire rouler les trains, le taux de gréviste global a atteint 45,7 % dont 52,2 % dans les TER, avec des disparités selon les régions.

Le trafic des métros, RER et trains de banlieue en région parisienne était "très perturbé" ce jeudi avec une ligne de métro (la 8) totalement fermée et douze lignes ne fonctionnant, parfois partiellement, qu’aux heures de pointe. Plusieurs stations étaient aussi fermées. On ne comptait qu’un train sur deux aux heures de pointe pour le RER A et un train sur quatre en heures creuses, avec une fin de service aux alentours de 21 heures. Seul un train sur deux circulait aux heures de pointe et un train sur 3 aux heures creuses sur la partie sud du RER B exploitée par la RATP, qui a fermé tôt, également, l’interconnexion n’étant pas assurée avec la partie nord. Sur le réseau national ferroviaire, la SNCF prévoyait un TGV sur trois et un TER sur dix.

Sur le réseau des trains de banlieue, la SNCF prévoyait, selon un communiqué, un train sur trois sur les lignes H, L et U, et un train sur quatre sur la N, sans desserte de Cergy ou du tronçon Mantes - Plaisir-Grignon. La compagnie prévoyait moins d’un train sur dix sur les lignes C, D, E, J, K et P et aucun sur la R. La plupart de ces lignes ne circulaient plus qu’aux heures de pointe et/ou sur une partie de leur parcours. La situation était meilleure pour les autobus RATP, avec deux passages sur trois à Paris et en petite couronne, mais tout de même une douzaine de lignes interrompues.

La grève a été également suivie chez les contrôleurs aériens, en particulier à l’aéroport d’Orly où la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) avait demandé aux compagnies d’annuler préventivement 20 % de leurs vols, tout en prévenant que cela n’empêcherait pas "des perturbations et des retards".

Entre 34 et 42 % d’enseignants grévistes selon le gouvernement, entre 65 et 70 % selon les syndicats

Le Snuipp-FSU (premier syndicat du primaire) a annoncé 70 % d’enseignants grévistes au niveau national dans le primaire, tandis que le Snes-FSU (premier syndicat du secondaire) annonçait également 65 % des professeurs de collèges et lycées grévistes. Des chiffres contestés par le ministère de l’Education, qui avait communiqué un premier décompte en fin de matinée : 42,35 % d’enseignants ont fait aujourd’hui grève dans le primaire selon le gouvernement, et 34,66 % dans le secondaire. En décembre 2019, lors de la première journée de grève contre la précédente tentative de réforme, les syndicats avaient dénombré 70 % de grévistes, tandis que le ministère en avait recensé 55 %.

Soutenue par l’ensemble des syndicats du secteur de l’énergie, la grève s’est traduite d’ores et déjà par des baisses de production électrique dans les centrales, sans entraîner de coupures de courant.

Près de 30 % de grévistes dont la fonction publique d’Etat

Près de trois fonctionnaires sur dix (28 %) étaient par ailleurs en grève ce jeudi en milieu de journée dans la fonction publique d’Etat, qui compte 2,5 millions d’agents, selon des chiffres communiqués par le ministère de la Fonction publique.

Dans la fonction publique territoriale (près de deux millions d’agents), le taux de grévistes s’élevait à 11,3 % et dans la fonction publique hospitalière (1,2 million d’agents), il a atteint 9,9 %. Par rapport au 5 décembre 2019, le taux de grévistes était en recul de cinq points dans la fonction publique d’Etat (33 % en 2019), mais progressait légèrement dans les versants territorial (10 % en 2019) et hospitalier (7,9 %), selon les chiffres du ministère. Une fois n’est pas coutume, les huit syndicats représentatifs de la fonction publique avaient appelé ensemble à la mobilisation.


Jusqu’à 100 % de grévistes dans certaines raffineries

Dans les raffineries et les dépôts de carburants, la CGT avait déjà arrêté son calendrier : après un arrêt de production ce jeudi, elle prévoit d’autres arrêts de travail de 48 heures les 26 et 27 janvier, puis 72 heures du 6 au 8 février, alors que débutera l’examen du texte à l’Assemblée nationale. Ce premier jour de mobilisation, le mouvement de grève a été suivi par 70 à 100 % du personnel dans la plupart des raffineries du groupe TotalEnergies, a indiqué jeudi la CGT du groupe.

Ce premier jour de mobilisation, le mouvement de grève a été suivi par 70 à 100 % du personnel dans la plupart des raffineries du groupe TotalEnergies, a indiqué jeudi la CGT du groupe.


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