Accusé de crimes de guerre en Syrie, comment Majdi Nema a-t-il pu entrer légalement en France ?

Ancien capitaine de l'armée syrienne devenu porte-parole du groupe terroriste Jaych al-Islam, Majdi Nema, alias Islam Allouche, est entré en France en toute légalité pour y démarrer une nouvelle vie d'universitaire spécialiste du Moyen-Orient.

Alors que le terroriste Majdi Mustafa Nema, soupçonné de crimes de guerre en Syrie, est actuellement derrière les barreaux, le Quai d'Orsay a confirmé que l'ancien porte-parole du groupe terroriste Jaych al-Islam était entré en France en toute légalité.

«Un visa court séjour a été délivré sur la base d'un dossier complet, après interrogation des services ministériels compétents», a précisé la porte-parole du Quai d'Orsay le 6 février lors d'un point presse. Une source proche du dossier interrogée par l'AFP a de son côté précisé que l'homme, qui se faisait appeler Islam Allouche, était «inconnu des services du ministère de l'Intérieur» et disposait de neuf identités différentes. Toujours selon l'AFP, l'ancien terroriste s'était précédemment vu refuser l'entrée d'une «grande université» britannique.

Majdi Nema était présent en France depuis le mois de novembre et enregistré comme étudiant à l'Institut de recherche sur le monde arabe et musulman (Iremam) de l'Université Aix-Marseille, qui relève du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). L'Iremam a expliqué que le Syrien était venu dans le cadre du programme européen «Erasmus Plus».

«Spécialiste des questions terroristes et sécuritaires»

Sur les réseaux sociaux, les différents profils de l'ancien combattant islamiste, mis en examen depuis le 31 janvier notamment pour «actes de tortures et complicité», «crimes de guerre» et «complicité de disparitions forcées», le présentent comme un simple «spécialiste des questions terroristes et sécuritaires, spécialisé sur la Syrie» et vice-président d'un think thank turc nommé Toran For Strategic Studies. Toujours selon ces comptes, l'homme serait diplômé de trois universités turques, une hongroise, maîtriserait trois langues et aurait entre autre participé à une mission bénévole au sein de l'Unesco.

Mais depuis son arrestation, d'autres éléments bien moins glorieux de la biographie du trentenaire ont été révélés au grand public. L'homme, né en 1988, a en effet déserté l'armée syrienne, où il était capitaine, pour rejoindre le groupe islamiste Jaych al-Islam qui était entre autres actif jusqu'en 2018 dans la Ghouta orientale (région de Damas), et qui est accusé d'y avoir perpétré de nombreux crimes.

Une plainte, soutenue par la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et le Centre syrien des médias (SCM), a ainsi été déposée en France en juin dernier contre des membres du groupe, accusés d'«actes de torture» et de «crimes contre l'humanité et crimes de guerre» dans la région.

Majdi Nema, de son côté, aurait d'après ses différentes publications sur internet, quitté la Syrie en 2015 et définitivement laissé Islam Allouche et Jaych al-Islam derrière lui en 2017. Le groupe terroriste a d'ailleurs déclaré n'avoir plus de lien avec l'ancien combattant et réclamé sa libération dans un communiqué du 8 février.

L'homme ne semble pas avoir particulièrement cherché à dissimuler son passé terroriste, puisqu'il avait été interviewé par le quotidien américain New York Times en avril 2019 en tant qu'ancien porte-parole du groupe. Il indiquait par ailleurs dans le même entretien avoir quitté l'Europe au bout de six mois en raison du climat rigoureux, de la difficulté à y obtenir un séjour longue durée... et de la peur de manger du porc accidentellement. Il déclarait par ailleurs se sentir mieux en Turquie, un pays où les services de sécurité ne le dérangeaient pas et avaient «clairement soutenu la révolution [en Syrie]».

Revenu en Europe depuis, il est soupçonné entre autres de l'enlèvement le 9 décembre 2013 de l'avocate et journaliste syrienne Razan Zeitouneh, de son mari Waël Hamada et de deux de ses collaborateurs. Aucun n'a été retrouvé depuis. Mazen Darwish, président de l'ONG Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression (SCM) a par ailleurs déclaré au Monde être en possession de témoignages impliquant directement Majdi Nema «dans une série de crimes commis par le groupe», notamment l’enrôlement d’enfants et le recours à la torture.


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