Ramadan : les policiers du Calvados invités à  fermer les yeux en cas de transgression du confinement

 Une note interne au sein de la police du Calvados l'invite à n'intervenir dans des zones sensibles qu'en cas d'«atteintes aux personnes ou atteintes graves aux biens» pendant le ramadan. La peur des violences urbaines rend-elle la police fébrile ?

Un télégramme du 24 avril, que Le Parisien a pu se procurer, indique noir sur blanc que «sauf atteinte aux personnes ou atteinte grave aux biens (dégradations par moyen dangereux pour les personnes, de bâtiment, véhicule), il n'y a pas lieu d'intervenir dans les quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan, pour relever un tapage, contrôler un groupement de personnes rassemblées après le coucher de soleil pour s'alimenter.»

Cette note émane «du chef d'état-major de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) du Calvados et s'adresse à tous les services de police du département», d'après le quotidien. A en croire l'écrit et selon «le commandant divisionnaire», ces instructions viendraient du «directeur départemental de la sécurité publique». Il est ainsi expliqué dans la suite de la note que les personnels de la DDSP devront «faire preuve de discernement en la matière, afin d'éviter qu'un manquement aux règles de confinement ne dégénère et provoque un trouble supérieur de violences urbaines». La note ajoute : «Les opérateurs répondront aux requérants [population] que leur appel est pris en compte, et veilleront à ne pas faire de commentaire.»

Depuis plusieurs semaines, des violences urbaines et des affrontements avec les forces de l'ordre éclatent dans plusieurs cités de villes françaises, comme à Strasbourg, Toulouse, Rillieux-la-Pape, Grigny, Villeneuve-la-Garenne, Chanteloup-les-Vignes ou Sartrouville.

Alors que tout manquement aux mesures de confinement est d'ordinaire strictement puni par les forces de l'ordre, «ces recommandations d'extrême prudence se limitent-elles au Calvados, ou sont-elles généralisées à tous les départements ?», s'interroge Le Parisien.
Une situation dont s'est ému le militant identitaire Damien Rieu sur Twitter, qui a mis en ligne sur le réseau social un photomontage le représentant en chemise blanche, barbe fournie et affublé d'un kufi traditionnel. «Moi quand je veux être exempté de confinement grâce au ramadan», a-t-il sous-titré le cliché.

Le patron de la police nationale a finalement réagi auprès de l'AFP : «Le directeur général de la police nationale (DGPN) a été informé de la diffusion d'un télex de la Direction départementale de la sécurité publique du Calvados donnant des instructions restreignant les conditions d'intervention et de patrouille de la police nationale pendant la période du ramadan […] La police nationale intervient en tout point du territoire pour assurer la sécurité des personnes et des biens, quelles que soient les circonstances. Le DGPN a demandé qu'un rapport d'explications lui soit transmis dès ce soir.»

Enfin, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a également expliqué que «les règles du confinement doivent être respectées partout et par tous : nos forces de l’ordre y veillent sur l’ensemble du territoire avec la même rigueur et le même professionnalisme. Rien ne saurait obérer leur action et leur engagement».

Les instructions données au niveau départemental iraient donc à l’encontre de la doctrine gouvernementale. L’exécutif ne cesse d'affirmer qu'il n'y a «jamais eu de consignes d’allègement des contrôles sur n'importe quel territoire de la République, y compris dans les quartiers», comme le rappelait Laurent Nunez le 24 avril sur l'antenne d'Europe 1.


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