Livre blanc de la sécurité intérieure

Livre blanc de la sécurité intérieure : les préconisations récurrentes du gouvernement et de LREM

 Le fameux Livre blanc de la sécurité intérieure est finalement arrivé. On y retrouve les mêmes grandes lignes que dans les travaux de la majorité : un continuum de sécurité éclaté et une attention portée à la bataille des images.

Alors que le Livre blanc de la sécurité intérieure, annoncé depuis le passage de Christophe Castaner et Laurent Nunez à Beauvau, était attendu pour la fin de la semaine, Mediapart coupe l'herbe sous le pied de Gérald Darmanin et le publie en intégralité (plus de 330 pages) dans ses colonnes le 16 novembre. On peut le retrouver ici sur le site du ministère de l'Intérieur.

Selon la première analyse du site d'investigation, «outre quelques réorganisations de la police et de la gendarmerie préconisées, le document réaffirme essentiellement les axes de la politique ultra-sécuritaire déjà annoncée par le ministère, notamment ceux sur la lutte contre la délinquance, le renforcement des systèmes de surveillance et le contrôle de l’information.»

Par ailleurs, l'article de Mediapart se penche particulièrement sur un aspect précis du Livre blanc, à savoir le renforcement des polices municipales, des maires, des conseils départementaux et régionaux, ainsi que des entreprises privées en matière de sécurité.

Le Livre blanc préconise notamment de confier de nouvelles compétences aux maires «dans le domaine de la sécurité routière, de l’environnement de proximité, du traitement des incivilités», ainsi que dans «le traitement des ivresses publiques et manifestes».

En réalité, ces éléments de réflexion sécuritaire étaient déjà présents dans d'autres documents rédigés par le parti majoritaire et le gouvernement depuis 2017. On en retrouve notamment les traces dans le rapport sur le continuum de sécurité des députés marcheurs Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot dès septembre 2018, puis dans la proposition de loi des élus du même nom, dite «Sécurité globale».

Des textes sécuritaires complémentaires et fondateurs

Le Livre blanc vient même compléter des dispositions de la PPL Fauvergue-Thourot actuellement débattue en hémicycle, notamment en préconisant de doter les directeurs de police municipale de compétences de police judiciaire dans le cadre de leurs missions d’investigation locale. Une ligne que les députés LREM n'avaient pas osé franchir.

Du rapport Fauvergue-Thourot de septembre 2018 à ce nouveau Livre blanc sur la sécurité intérieure en passant par le schéma national du maintien de l'ordre paru en septembre 2020 et la proposition de loi sur la Sécurité globale redéposée en octobre 2020, après une première tentative en janvier 2020, les grands textes fondateurs dans le domaine sécuritaire produits par le parti présidentiel et le gouvernement depuis 2017 semblent finalement complémentaires avec des lignes de fond et des objectifs qui se dégagent progressivement.

A ce titre, on peut relever une tendance forte : l'accroissement de compétences régaliennes confiées à des acteurs de la sécurité qui ne seraient plus seulement la police nationale et la gendarmerie, mais plutôt des entités locales, voire privées.

Cela pose la question, à terme, d'une sécurité potentiellement inégalitaire et conditionnée à des questions de budget, voire des enjeux électoraux.

Autre grande tendance : une volonté manifeste d'avancer sur le sujet de la bataille des images, qu'elles soient produites par les médias, les manifestants, la population générale, les forces de sécurité intérieure ou les sociétés privées.

Par ailleurs, au titre des objectifs affichés pour le moment, l'enjeu de la sécurisation des Jeux olympiques de Paris en 2024 et de la Coupe du monde rugby en 2023 est brandi de façon récurrente, notamment au téléphone par Alice Thourot elle-même auprès de RT France.

La sécurité est-elle seulement augmentée en prévision des JO ?

Faut-il y voir un prétexte léger pour ne pas évoquer les contextes très tendus sur le plan sécuritaire concernant le contreterrorisme, les mesures prises pour contrer l'épidémie de Covid-19 ou encore la colère sociale qui pourrait revenir s'exprimer à la faveur d'une nouvelle tentative de réformer le système français des retraites ? Il est à gager que ces éléments ne peuvent être ignorés ni par le gouvernement, ni les députés de la majorité.

Les deux années à venir avant la fin du mandat d'Emmanuel Macron à l'Elysée s'annoncent en tout état de cause très régaliennes, et les textes produits par Beauvau ou l'Assemblée nationale sur la sécurité ne font que renforcer le sentiment qu'il s'agit d'un axe incontournable de la nouvelle course électorale qui se préfigure déjà.

Antoine Boitel


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