Twitter suspend définitivement le compte de Donald Trump

Twitter suspend définitivement le compte de Donald Trump

 Twitter a déclaré avoir suspendu définitivement le compte du président américain. Une décision que la plateforme de microblogging justifie par le risque de nouvelles incitations à la violence suite à l'intrusion de ses supporters dans le Capitole.

Le 8 janvier 2021, la plateforme de microblogging américaine Twitter a annoncé avoir suspendu le compte aux 88 millions d'abonnés de Donald Trump, deux jours après l'intrusion de partisans du président républicain dans le Capitole. Une décision que Twitter a justifiée en citant un risque de «nouvelles incitations à la violence».

Dans un communiqué, le réseau social californien a expliqué sa décision de bannissement – une première pour un chef d'Etat – en ces termes : «Après examen approfondi des tweets récents de Donald Trump et du contexte actuel – notamment comment ils sont interprétés […] – nous avons suspendu le compte indéfiniment à cause du risque de nouvelles incitations à la violence.» «Nos règles sur l'intérêt du public existent pour permettre aux gens d'entendre directement ce que les élus et leaders politiques ont à dire», rappelle le communiqué tout en précisant que l'entreprise a «bien fait comprendre depuis des années que ces comptes n'étaient pas entièrement au-dessus de nos règles, et qu'ils ne peuvent pas utiliser Twitter pour inciter à la violence, entre autres choses».

La veille, Facebook et d'autres services comme Snapchat et Twitch avaient également suspendu le profil du locataire de la Maison Blanche pour une durée indéterminée. Twitter est cependant la plateforme de prédilection de Donald Trump, qui lui servait à faire des annonces politiques, à commenter l'actualité et à mobiliser ses supporters.

Ces blocages sont survenus après l'intrusion de partisans du président américain à l'intérieur du Congrès et la diffusion par celui-ci d'une vidéo dans laquelle il évoquait de nouveau une élection «volée». En amont de la réunion du Congrès, Donald Trump s'était adressé à ses partisans à Washington, déclarant, en référence aux allégations de fraudes ou irrégularités lors du scrutin présidentiel : «Nous n’abandonnerons jamais, nous ne concéderons jamais.» Après l'intrusion des manifestants à l'intérieur du Capitole, le chef d'Etat avait néanmoins appelé ses partisans à «rentrer chez eux».

Avant la fermeture de son compte, Donald Trump avait reconnu sa défaite dans un message vidéo. Il avait ensuite déclaré qu'il n'assisterait pas – contrairement à la tradition – à la cérémonie d'investiture de son successeur, le démocrate Joe Biden. Selon Twitter, cette annonce est interprétée par certains de ses supporters comme la preuve de l'illégitimité des résultats électoraux et fait de l'événement une cible pour de nouvelles émeutes. «Des plans pour de futures manifestations armées prolifèrent sur Twitter et ailleurs, y compris pour une seconde attaque du Capitole le 17 janvier 2021», affirme la plateforme. Un peu plus tôt le 8 janvier, Twitter avait déjà supprimé les comptes de soutiens de Donald Trump proches du mouvement QAnon.

«Nous ne serons pas réduits au silence»

Via un autre compte Twitter – le compte officiel de la présidence des Etats-Unis (@POTUS) –, Donald Trump a affirmé que «Twitter est allé encore plus loin dans son musellement de la liberté d'expression». «Ce soir, les employés de Twitter ont coordonné avec les démocrates et la gauche radicale le retrait de mon compte de leur plateforme pour me faire taire moi – et vous, les 75 000 000 de grands patriotes qui ont voté pour moi», a-t-il poursuivi dans ce message supprimé presque immédiatement après publication, mais relayé par la Maison Blanche dans un communiqué.

Le président sortant a évoqué des représailles contre le réseau qui «interdit la liberté d'expression», ainsi que le possible lancement de sa propre plateforme dans un futur proche, à travers une série de messages eux aussi immédiatement retirés par Twitter. «J'avais prédit que cela arriverait», a dénoncé Donald Trump, tout en affirmant à ses soutiens qu'ils ne seraient pas «réduits au silence»

«Utiliser un autre compte pour éviter la suspension est contre nos règles», a expliqué un porte-parole de Twitter cité par l'AFP. Celui-ci affirme également que le réseau social va prendre des mesures pour «limiter l'utilisation» des comptes gouvernementaux comme @POTUS et @WhiteHouse.

Twitter était entré dans une escalade des mesures de rétorsion dès le 6 janvier en supprimant plusieurs messages de Donald Trump, au lieu de simplement les masquer avec des notes d'avertissement, comme il l'avait fait à de nombreuses reprises par le passé. La plateforme avait ensuite suspendu le compte du chef d'Etat pendant 12 heures avant de le réactiver le 7 janvier.

Une censure loin de faire l'unanimité

Un nombre croissant de personnalités et d'organisations ont appelé à bannir le milliardaire des plateformes, de Michelle Obama au syndicat des employés de Google (concernant YouTube, où le compte de Donald Trump est toujours actif).

Mais outre les soutiens du président qui accusent les réseaux sociaux de le censurer sur la base de leurs préjugés, des voix se sont également élevées à gauche pour mettre en garde contre de possibles atteintes à la liberté d'expression. «Nous comprenons le désir de suspendre [le président], mais tout le monde devrait s'inquiéter quand ces entreprises ont le pouvoir de retirer des personnes de leurs plateformes qui sont devenues indispensables à l'expression de milliards d'individus», a ainsi commenté Kate Ruane de l'ACLU, puissante association de défense des droits civiques outre-Atlantique.

Le 7 janvier, Mark Zuckerberg avait annoncé que Donald Trump ne pourrait plus utiliser ses comptes Facebook et Instagram pour une durée indéterminée – au moins jusqu'à l'investiture de Joe Biden, le 20 janvier. Une décision qui avait fait réagir le mannequin Emily Ratajkowski, pourtant soutien du démocrate Bernie Sanders, qui a considéré que si le patron de Facebook «peut faire taire le président, il peut faire taire n'importe lequel d'entre nous».


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