Attentats du 13-Novembre : Un procès hors norme et à hauts risques

Attentats du 13-Novembre : Un procès hors norme et à hauts risques

A partir du 8 septembre, la cour d’appel de Paris accueillera le procès des attentats du Bataclan, des terrasses parisiennes et du stade de France

Dans la salle construite spécialement pour l’occasion, il ne manque, pour l’heure, qu’une balance. Symbole d’une justice apaisée. Symbole qui va assister à ce que d’aucuns appellent déjà « le procès du siècle ». Quasiment six ans après les attaques terroristes, le procès  des attentats du 13 novembre 2015 doit démarrer mercredi 8 septembre dans l’enceinte de la cour d’appel de Paris, sur l’île de la Cité. Deux années complètes ont été nécessaires pour organiser cette audience. Voici pourquoi ce procès sera hors norme…

Une salle d’audience bâtie pour l’occasion et une retransmission exceptionnelle
Quinze mètres de large. Soixante-quinze de long. C’est une salle de 750 m² qui a été construite dans les murs de l’historique palais de justice de Paris pour accueillir ce procès. Des bancs en bois flambant neufs à côté d’un box vitré prévu pour accueillir la quinzaine d’accusés,, solidement encadrés par les forces de l’ordre.

Au total, 550 personnes pourront prendre place dans la salle d’audience. Et pour les autres ? Quinze salles ont été monopolisées pour retransmettre en vidéo les débats en continu. Avec, dans la salle principale, dominant l’auditoire, une vraie régie destinée à assurer la captation des débats… « C’est un projet pharaonique, difficile à mettre en œuvre d’un point de vue technique, qui pourra accueillir d’autres procès », avait expliqué Eric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, en visitant les lieux le 19 janvier dernier. Pour autant, cette salle, dont le coût est estimé à 7 millions d’euros, ne devrait pas demeurer. Après quelques années et sans doute quelques procès – dont celui de l’attentat de Nice (Alpes-Maritimes) –, il est prévu qu’elle soit démontée.

Déjà 1.800 parties civiles constituées, 300 avocats
Il va y avoir du monde… Les chiffres ne sont pas encore définitifs. Mais on sait déjà que près de 300 avocats seront parties à ce procès pour défendre les accusés et représenter les victimes. A cette date, près de 1.800 parties civiles comptent assister aux débats ou, au moins, à une partie d’entre eux. Quelque 800 autres personnes disposent du droit de se constituer partie civile jusqu’à la fin des débats. Sans compter les nombreux journalistes accrédités pour l’occasion. Un véritable casse-tête pour la tenue du procès…

De prime abord, l’organisation a tablé sur 30 minutes de témoignage par victime. « Honnêtement, la plupart parleront moins, d’autres parleront plus, pense Arthur Dénouveaux, président de l’association Life for Paris. Mais cela fait déjà 150 heures d’auditions… »

Un planning incertain et mouvant sur neuf mois
Avant même le début de l’audience, le président de la cour a constaté qu’il serait trop juste. Initialement prévu pour durer 131 jours, le procès a d’ores et déjà été prolongé pour s’étendre sur neuf mois. Le verdict est attendu le 25 mai 2022.

Mais ce calendrier sera-t-il tenu ? La France n’ayant jamais connu ce type de procès, le président de la cour d’assises spéciale avance dans l’inconnu. Les deux premiers jours seront consacrés à l’appel des parties civiles et des témoins. Le troisième jour verra le président lire le rapport de synthèse, exercice souvent long et fastidieux mais nécessaire, comme le prévoit le Code de procédure pénale.

Ce n’est qu’ensuite que les choses sérieuses vont vraiment commencer. Les auditions des parties civiles devraient occuper entre cinq et six semaines, entre fin septembre et fin octobre. Les interrogatoires des accusés ne devraient pas avoir lieu avant le 2 novembre.

Des conditions de sécurité dantesques
Comment ne pas y penser ? Avec autant de monde attendu et une charge émotionnelle si forte en pleine campagne pour la présidentielle 2022, les autorités estiment que ce procès présente un fort risque de menace d’attentat. « La préfecture de police et le ministère de la Justice travaillent depuis de nombreux mois » pour que ce procès se déroule dans l’atmosphère « la plus sereine possible », a expliqué, le directeur général de la sécurité intérieure, Nicolas Lerner, le 6 juillet dernier.

Ainsi, un large périmètre de sécurité devrait être mis en place pour « bunkériser » le palais de justice, sur l’île de la Cité, dont certains accès seront peut-être fermés. Un vrai casse-tête logistique, dans la mesure où la cour d’appel continuera d’accueillir d’autres procès et à traiter d’autres affaires en parallèle.


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