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Uruguay : grève générale et manifestations massives contre la politique libérale du gouvernement

 L'Uruguay a connu le 15 septembre sa plus grande mobilisation sociale contre le gouvernement de droite libérale du président Luis Lacalle Pou, qui tente d'imposer une loi contenant des mesures libérales dénoncées par les syndicats et l'opposition.

Des manifestations de grande envergure se sont tenues le 15 septembre à Montevideo dans le cadre d'une grève générale de 24 heures, très suivie, à l'appel de l'Intersyndicale plénière des travailleurs - Convention nationale des travailleurs (PIT-CNT), seule confédération syndicale uruguayenne.

"Il y aura un avant et un après cette énorme mobilisation"

Les motifs de cette mobilisation massive sont nombreux, les manifestants exigeant des solutions en matière de travail, de santé, de défense de l'éducation publique, de logement décent ou encore contre la faim. Les protestataires s'opposent en outre fermement à la privatisation des entreprises publiques telles que la société de télécommunications ANTEL, le port de Montevideo et la compagnie pétrolière nationale ANCAP, et leur cession à de grands capitaux transnationaux. Les grévistes exigent également des mesures de lutte contre le chômage et une augmentation des salaires, dans le public comme dans le privé.

Avec cette grève, la centrale syndicale PIT-CNT vise à faire abroger 135 articles d'une législation présentée par le gouvernement de droite libérale, explique Telesur. Cette loi, dite de Considération urgente (LUC), annoncée par le président de droite Luis Lacalle Pou dès sa prise de pouvoir en mars 2020, est décriée depuis lors par la confédération qui estime qu'elle condense une politique d'ajustement économique néolibérale.

«L'Uruguay a simplement besoin de travailler davantage», rétorque le chef de l'Etat

Après être parvenus à réunir 800 000 signatures, la centrale syndicale et les partis d'opposition ont réussi à obtenir l'organisation d'un referendum pour statuer sur l'abrogation des 135 articles de la loi LUC. Celui-ci doit se tenir au milieu de l'année 2022. Cette loi contestée compte plus de 450 articles et aborde des sujets aussi divers que la sécurité, la fiscalité, le droit du travail ou l’éducation.

Les articles décriés englobent un si grand nombre de secteurs que dans les rues de Montevideo le 15 septembre, on a pu voir défiler côte à côte ouvriers ruraux, coopératives, étudiants, acteurs culturels, sportifs, médecins, banquiers, etc. qui ont marché par milliers aux abords du Palais législatif.

La veille de la mobilisation, le secrétaire général de la PIT-CNT, Marcelo Abdala, annonçait l'arrivée de quelque 130 bus dans la capitale Montevideo en provenance de différentes parties du pays. A l'issue de la mobilisation, il a souligné la présence de travailleurs de toutes les régions, arrivés dans 220 bus, ainsi que des centaines de cavaliers.

«Il y aura un avant et un après cette énorme mobilisation», a déclaré Marcelo Abdala le 15 septembre, cité par le quotidien La Diaria.

S'adressant directement au président Luis Lacalle Pou lors de son discours, Marcelo Abdala a demandé : «S'il vous plaît, ne laissez pas votre environnement vous entraîner à affronter une partie de votre peuple réuni ici et exigeant ses droits.»

«Artigas [héros de l'indépendance uruguayenne, surnommé El Libertador] a fondé la lutte pour l'indépendance sur trois piliers : la défense du port de Montevideo, la répartition des terres et l'intégration des peuples libres. Aujourd'hui, nous défendons cet héritage. Les adversaires restent les mêmes : les intérêts étrangers pour nos ressources, la spéculation financière et ceux qui veulent le démembrement de l'Etat protecteur», a pour sa part commenté lors de la manifestation Soledad Amaya Correa, du Syndicat des travailleurs ruraux.

Interrogé par la presse, le président uruguayen a qualifié la mobilisation de «grève clairement politique». «J'ai lu les harangues ou les tribunes de la grève de la PIT-CNT. Ils sont dans leur droit. L'Uruguay a simplement besoin de travailler davantage. L'Uruguay doit faire un effort, nous sortons d'une pandémie», a poursuivi Luis Lacalle Pou.

Meriem Laribi


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