Pluie d'hommages après l'annonce de la mort de Bernard Tapie

Pluie d'hommages après l'annonce de la mort de Bernard Tapie

 L'homme d'affaires Bernard Tapie est décédé ce 3 octobre à l'âge de 78 ans des suites d'un cancer. Le chef d'Etat, le Premier ministre et de nombreux hommes politiques ont salué sa mémoire.

«Dominique Tapie et ses enfants ont l'infinie douleur de faire part du décès de son mari et de leur père, Bernard Tapie, ce dimanche 3 octobre à 8h40, des suites d'un cancer», peut-on lire dans La Provence. Il était âgé de 78 ans.

Le président de la République Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, entre autres nombreux responsables politiques et personnalités, ont rendu hommage à l'homme d'affaires défunt. Le couple présidentiel a salué «l'ambition, l'énergie et l'enthousiasme» de Bernard Tapie, qui ont selon lui inspiré des «générations de Français».

Le Premier ministre Jean Castex a lui déclaré après l'annonce du décès, cité par BFMTV : «La première image qui me vient, c'est celle du combattant.» «Il a toujours été très engagé contre l'extrême droite, mais surtout pour des causes, son club, sa ville, l'entreprise aussi», a ajouté le chef du gouvernement.

«C’est avec une profonde tristesse que j'apprends son décès. Il fait partie de l’histoire de Marseille, l’histoire de nos plus grandes émotions collectives, celles qui ont marqué notre ville, notre club [l'Olympique de Marseille] et ses supporters», a notamment déclaré sur Twitter le maire de Marseille Benoît Payan, soulignant notamment l'engagement d'un homme qui «all[ait] directement au combat face à l’extrême droite».

Homme d'affaires, politique, acteur...

Bernard Tapie a été pendant plus de 40 ans une figure marquante de l'histoire politique, économique et sociétale de la France.

Né le 26 janvier 1943 à Paris, il est le fils d'un ouvrier-chauffagiste. Brièvement membre des Jeunesses communistes, il pilote des voitures de course, vend des télés et se lance dans la chansonnette.

En 1977, il se spécialise dans la reprise et la revente de sociétés en difficulté. Surnommé le «Zorro des entreprises», il s'illustre en 1990 avec le rachat d'Adidas, géant allemand de l'équipement sportif. Il se bâtit un empire et une fortune qui lui permettent de s'offrir un hôtel particulier à Paris et un luxueux voilier, le «Phocéa».

En 1983, Bernard Tapie investit dans les activités sportives, d'abord en montant une équipe cycliste, «La Vie claire», puis en reprenant le club de foot de l'Olympique de Marseille. En 1988, il bat le record de la traversée de l'Atlantique nord en monocoque à bord du «Phocéa» sur lequel il se trouve en tant qu'armateur : «Ce fut le plus beau jour» de ma vie, a-t-il assuré en 2020.

Mettant à profit sa notoriété, il se lance en politique. Défenseur des jeunes de banlieue, il frappe les esprits en acceptant un débat télévisé en 1989 face à la «bête médiatique» qu'est Jean-Marie Le Pen – celui-ci lui a d'ailleurs rendu hommage, ce 3 octobre 2021, évoquant «le caractère exceptionnel de sa personnalité».

Bernard Tapie devient député («Majorité présidentielle») des Bouches-du-Rhône en 1989 et enchaîne les succès : aux régionales de 1992, aux législatives de 1993, aux européennes de 1994. Dans ce scrutin, sa liste MRG taille des croupières à celle de Michel Rocard (PS) et met fin, sous l’œil ravi du président François Mitterrand, séduit par son abattage, aux ambitions présidentielles de l'ex-Premier ministre.

Au printemps 1992, il est nommé ministre de la Ville dans le gouvernement Bérégovoy mais doit démissionner au bout de deux mois pour abus de biens sociaux. Après un non-lieu, il revient à ce poste pour trois mois fin 1992-début 1993.

En 1993, c'est quelques jours avant la victoire de Marseille en Coupe d'Europe des clubs champions qu'éclate l'affaire de corruption du match OM-VA. Dès lors, les foudres de la justice vont s'abattre sur lui, se soldant par de la prison, une mise en liquidation judiciaire personnelle et la perte de ses mandats électifs.

Ce père de quatre enfants va se replier sur sa famille, autour de sa seconde épouse Dominique, faire du cinéma («Hommes, femmes, mode d'emploi», de Claude Lelouch), de la radio et du théâtre. Sur TF1, il tient le rôle du «Commissaire Valence», de 2003 à 2008. Après être revenu aux affaires en 2009, il met en 2012 la main sur les derniers titres du groupe Hersant, dont La Provence, à Marseille.

En 2008, il empoche les quelque 400 millions d'euros que lui octroie l'arbitrage dans son vieux conflit avec le Crédit lyonnais sur la vente d'Adidas. Il sera plus tard condamné définitivement à rendre l'intégralité des sommes.

Pourtant, dans le volet pénal de cette saga judiciaire, le tribunal le relaxe en juillet 2019 des accusations «d'escroquerie». «Mon cancer vient de prendre un sale coup dans la gueule ! C'est bien la preuve qu'il faut toujours, toujours, se battre jusqu'au bout», avait-il réagi, même si le parquet a ensuite fait appel.


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