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Suicides chez les agriculteurs : le gouvernement lance une « mobilisation collective »

Le gouvernement a présenté, mardi, une feuille de route, dans l’espoir d’enrayer les suicides dans cette profession.

C’est un plan d’action qui était attendu depuis décembre 2020 et la remise d’un rapport du député de la majorité Olivier Damaisin sur la prévention des suicides d’agriculteurs. Un rapport sur le même sujet a aussi été publié en mars 2021 par les sénateurs Henri Cabanel (groupe RDSE) et Françoise Férat (Union centriste).

Le gouvernement a présenté, mardi 23 novembre, une feuille de route de « prévention du mal-être et d’accompagnement des agriculteurs en difficulté », dans l’espoir d’enrayer les suicides dans cette profession.

Un risque de suicide plus élevé que le reste de la population

Elle a été présentée, au ministère de l’agriculture, par les ministres de la santé, Olivier Véran, et de l’agriculture, Julien Denormandie, ainsi que par le secrétaire d’Etat chargé des retraites et de la santé au travail, Laurent Pietraszewski. Elle part d’un terrible constat : les agriculteurs se suicident plus que le reste de la population. Selon les données les plus récentes de la sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été dénombrés en 2016 parmi le 1,6 million d’assurés du régime agricole âgés d’au moins 15 ans. Chez les assurés de la MSA, âgés de 15 à 64 ans, le risque de suicide était alors supérieur de 43,2 % à celui des assurés de l’ensemble des régimes de sécurité sociale. Au-delà de 65 ans, le risque de suicide dans cette tranche d’âge était deux fois plus élevé par rapport à la population générale.

Cette réalité a, pourtant, longtemps été « taboue » dans la profession, ont estimé les participants à cette réunion. Le gouvernement prévoit, notamment, de structurer et de former des réseaux de « sentinelles » ou de volontaires gravitant autour des agriculteurs « à même de détecter les situations de détresse ».

Parmi les mesures qui seront engagées, la « création de comités de pilotage dans chaque département », courant 2022, afin de mieux coordonner la prévention localement. Ces comités réuniront « un très large panel d’acteurs » (représentants de l’Etat, du monde agricole, professionnels de santé, banques). L’exécutif entend aussi structurer et former des réseaux de « sentinelles », des volontaires gravitant autour des agriculteurs « à même de détecter les situations de détresse ».

Il prévoit aussi de renforcer financièrement des dispositifs permettant de soulager les agriculteurs, notamment l’« aide au répit » (qui finance le remplacement jusqu’à dix jours des exploitants en situation d’épuisement professionnel) et le crédit d’impôt remplacement. Au total, l’enveloppe dédiée au mal-être agricole passera de 30 à 42 millions d’euros par an.

« La surmortalité par suicide » des agriculteurs « nous oblige », a déclaré le ministre de l’agriculture, Julien Denormandie. « Quand vous ne gagnez pas votre vie, travaillez 80 heures par semaine (…), êtes isolé », il faut être encore « plus inventifs, côté prévention », a souligné le ministre de la santé, Olivier Véran. Il a rappelé le numéro national de prévention du suicide (3114) que les agriculteurs peuvent appeler en complément de la plate-forme Agri’Ecoute mise en place par la MSA (09-69-39-29-19).

L’association Solidarité Paysans, dont l’action a été saluée à plusieurs reprises, a refusé de se rendre à la présentation, expliquant dans un communiqué que la feuille de route n’était « pas à la hauteur des enjeux et ne répond [ait] pas aux besoins concrets des agriculteurs en difficulté ». « Le suicide n’est que la pointe émergée de l’iceberg de la souffrance au travail des agricultrices et des agriculteurs », ajoute l’association, jugeant « urgent d’interroger [le] modèle industriel de développement agricole qui engendre isolement, surcharge de travail… ».

Le déclic du film « Au nom de la terre »

Le député de la majorité Olivier Damaisin, à l’origine d’un autre rapport, a, pour sa part, dit espérer qu’« une page puisse se tourner ». « Si on est là, Edouard y est pour beaucoup », a ajouté l’élu du Lot-et-Garonne, en référence au réalisateur Edouard Bergeon.

Son film Au nom de la terre, sur la dépression d’un éleveur (interprété par Guillaume Canet) pris dans la spirale du surendettement, avait rencontré un vif succès en salles fin 2019. La FNSEA avait « eu très peur de mon film », a retracé M. Bergeon, se félicitant d’avoir « brisé un tabou », « libéré la parole ». Le film est adapté de sa propre histoire : son père agriculteur s’est suicidé en 1999 en ingérant des pesticides. « Mes parents étaient seuls » quand les difficultés se sont accumulées, a-t-il décrit. Selon lui, le plan présenté mardi est « important, nécessaire », même si « certains diront qu’il ne va pas assez loin »


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