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Sécurité : Macron revendique son bilan et détaille les annonces chiffrées de la LOPMI

 Depuis le futur hôtel de police de Nice, le président a voulu expliquer aux Français les actions engagées en matière de sécurité intérieure depuis le commencement de son mandat. Il a également annoncé les contours de la loi de programmation.

Depuis le futur hôtel des polices nationale et municipale de Nice (Alpes-Maritimes), Emmanuel Macron est venu détailler ce 10 janvier les initiatives de son gouvernement depuis 2017, et les grandes lignes de la Loi de programmation du ministère de l'Intérieur (LOPMI), qui doit être présentée au Conseil des ministres au mois de mars.

Beaucoup de chiffres

Les annonces chiffrées et ronflantes étaient savamment préparées : le chef d'Etat, qui n'a pas officiellement lancé sa campagne présidentielle, s'est prêté à un jeu de questions/réponses bien rôdé face à des membres des différentes forces de sécurité (polices nationale et municipale, gendarmerie).

Les dépêches d'agence de presse se sont empressées de reproduire les chiffres choc sur les doublements d'effectifs de terrain d'ici 2030, le triplement du prix de l'amende forfaitaire pour harcèlement de rue (qui passera à 300 euros) ou encore un accroissement de «15 milliards d'euros sur cinq ans» pour le budget sécuritaire dans le cadre de la LOPMI.

200 nouvelles brigades de gendarmerie, 1 500 nouveaux «cyberpatrouilleurs», 3 000 fonctionnaires de plus sur le terrain en dégageant des «tâches indues» pour les policiers armés grâce au soutien des policiers administratifs et techniques... Le discours très technocratique et administratif pouvait donner le tournis au spectateur, mais il était assez attendu du côté des policiers de terrain, des associations d'agents en colère ou des syndicats de policiers.

Jouissant d'un côte élevée dans les sondages avant même d'avoir entamé sa campagne présidentielle et avec des projets comme la LOPMI qui engageront l'action publique pour plusieurs années, il revenait à Emmanuel Macron de bien compter ses mots à destination des forces de sécurité intérieure.

Les policiers en colère de l'UPNI ne sont pas convaincus

Les fonctionnaires attendent encore de savoir à quoi ressemblera l'avenir de leurs métiers pour la prochaine décennie qui s'annonce pleine de réformes structurelles, aussi bien au plan territorial, horaire, hiérarchique ou même concernant l'organisation du quotidien.

En droite ligne de la loi de «Sécurité globale», Emmanuel Macron n'a pas manqué de rappeler que le secteur de la sécurité privée était un acteur sur lequel il fallait désormais compter, notamment en vue des Jeux olympiques de 2024. Il a aussi rappelé les avancées réalisées pour la force publique en matière de véhicules, immobilier et uniformes.

Si le président a également assuré que la filière judiciaire serait revalorisée et que la procédure serait simplifiée, notamment en s'appuyant sur les personnels administratifs, cette partie du discours n'a en revanche pas séduit l'association de policiers en colère UPNI, dont RT France a interrogé le porte-parole, Jean-Pierre Colombiès, ancien commandant de police.

Ce dernier a entre autre déploré un manque d'engagement sur la «fluidification de la procédure pénale», avec toujours beaucoup trop d'obligations de notifications qui incombent aux officiers de police judiciaires et a vitupéré : «Les annonces ne vont pas améliorer les procédures ! Il ne s'agit pas seulement de faciliter le dépôt de plainte, ni de former à la va-vite des assistants d'enquêteurs, ou d'officiers de police judiciaire. Il faut avant tout alléger. Il y a trop de réquisitions et d'obligations légales pour l'OPJ qui doit faire tenir sa procédure debout.»

Et concernant les annonces technologiques, le porte-parole de l'association de policiers en colère temporise : «Oui, les logiciels doivent être performants, mais il faut aussi fluidifier les rapports entre enquêteurs et parquetiers, parce que ces fonctionnaires travaillent avec deux donneurs d'ordre en réalité, à la fois les magistrats et la hiérarchie policière. Malheureusement aujourd'hui, la filière judiciaire n'attire plus les policiers et les formations de terrain qui étaient assurées par des collègues expérimentés pendant les premières années d'exercice n'ont plus vraiment cours. La filière a été si désertée qu'aujourd'hui, on ne fait plus que du bricolage en allant chercher des collègues administratifs par exemple, mais le président ne fait qu'annoncer quelque chose qui se faisait déjà. C'est du cosmétique.»

"Pour casser la délinquance, il faudrait du judiciaire, des magistrats, des incarcérations, mais si on ne fait que de l'apparence, ça n'aura aucun impact"

Et de conclure au sujet des états généraux de la justice et du «Beauvau de la sécurité» : «Pour casser la délinquance, il faudrait du judiciaire, des magistrats, des incarcérations, mais si on ne fait que de l'apparence, ça n'aura aucun impact. Le président est en campagne mais il ne résout rien avec ses annonces. Il ne s'est pas occupé de grand chose depuis cinq ans en matière de sécurité intérieure, c'est un secret de polichinelle. Je pourrais même aller plus loin : que ce soit Valérie Pécresse ou Emmanuel Macron à l'Elysée, cela ne changera rien, parce que le contrat social en France est public et, à mon sens, nos candidats sont formatés pour casser cette grande machine régalienne.»


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