La réforme des retraites dans sa semaine décisive, la rue se prépare

Élisabeth Borne présente mardi le projet de l’exécutif pour réformer le système des retraites. Le monde syndical et l’opposition de gauche sont prêts à la contre-attaque.

Voilà bien cinq ans que les Français entendent Emmanuel Macron parler de son désir de réformer le système des retraites. Après un premier report en 2019 pour cause de crise sanitaire, la Première ministre Élisabeth Borne présente ce mardi 10 janvier le projet de loi du gouvernement. Et donne en même temps le coup d’envoi des hostilités.

Les quelques semaines de discussions supplémentaires avec les responsables syndicaux et politiques obtenues par Élisabeth Borne n’y ont rien changé. En dépit des avancées « sur l’emploi des seniors, la pénibilité et les carrières longues » saluées par le ministre du Travail Olivier Dussopt, les représentants syndicaux et les partis d’opposition - exception faite des Républicains - sont tous déterminés à descendre dans la rue si le gouvernement touche à l’âge légal de départ à la retraite.

Or, c’est justement la solution privilégiée par l’exécutif pour équilibrer le système pour les prochaines années. « Ce n’est pas parce qu’une réforme est impopulaire qu’il ne faut pas la faire », a maintenu le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, écartant tout changement de stratégie.

La question est donc : les Français partiront-ils à la retraite à 64 ou 65 ans ? Si la seconde option était un temps préférée au sommet, celle d’un recul à 64 ans couplé à une accélération de la réforme Touraine semble désormais privilégiée. Mais c’est toujours non pour l’opinion publique. Selon un sondage YouGov pour Le HuffPost réalisé entre le 3 et 5 janvier 2023, 70 % des Français sont contre un départ à 65 ans et 65 % s’opposent aussi à un départ à 64 ans.

Au moins trois actions prévues

Les syndicats sont sur la même ligne. « Si Emmanuel Macron veut en faire sa mère des réformes (...) pour nous ce sera la mère des batailles », prévient le patron de FO Frédéric Souillot, tandis que le patron de la CFDT Laurent Berger a exclu samedi 7 janvier tout « deal » en cas de report de l’âge légal. « On fera tout pour que le gouvernement recule », avertit le syndicaliste, alors que les principales centrales se sont mises d’accord sur une manifestation commune.

La date sera annoncée le jour même de la présentation du projet de loi depuis la Bourse du travail à Paris. L’intersyndicale réunira les numéros un des huit principales organisations syndicales françaises (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU), et cinq organisations de jeunesse. « Quand les huit organisations syndicales de ce pays sont toutes d’accord, c’est suffisamment rare pour que ça suscite l’intérêt du gouvernement et du président de la République », souligne d’ailleurs Philippe Martinez sur France Inter samedi 7 janvier.

À côté de la mobilisation syndicale, l’opposition de gauche prépare elle aussi le terrain. La NUPES veut afficher un front uni contre la réforme et sa première action commune prendra la forme d’un meeting prévu le 17 janvier à Paris. « Ce n’est pas rien, c’est la première campagne en commun hors élections », se félicite auprès de l’AFP la députée Aurélie Trouvé qui représentait les insoumis lors des discussions communes.

Sur BFMTV dimanche, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a promis que « le front syndical et politique sera totalement uni dans cette bataille ». Et Marine Tondelier, numéro un d’EELV, de lancer : « Nos baskets sont prêtes ».

Un autre meeting, organisé lui par deux médias engagés, Reporterre et Fakir, aura lieu le mardi 10 à Paris. Il réunira lui aussi des représentants de toute la gauche, du député François Ruffin (rédacteur en chef de Fakir) au patron des communistes Fabien Roussel, en passant par le chef des députés socialistes Boris Vallaud.

Enfin, une marche initiée par des organisations de jeunesse et la France Insoumise doit avoir lieu le 21 janvier, en dépit des réticences des autres partis de gauche, mécontent de voir certains insoumis griller une nouvelle fois la politesse aux syndicats.

Test politique pour Borne

La mobilisation de la rue n’est pas le seul enjeu de la présentation du texte. Privée de majorité absolue à l’Assemblée, Élisabeth Borne doit compter sur la droite pour apporter son soutien au texte, faute de quoi elle n’aura d’autres choix que de recourir à un nouveau 49.3.

Les déclarations du président des Républicains, Éric Ciotti, ce week-end dans le Journal du Dimanche ont de quoi la rassurer. Le député des Alpes-Maritimes s’est dit prêt à voter la réforme si les conditions de son camp étaient entendues.

Un texte voté sans 49.3 serait une victoire politique pour la Première ministre, qui martèle son attachement au « compromis » et est aussi garante de la « nouvelle méthode » voulue par Emmanuel Macron après sa réélection. Un succès permettrait aussi aux membres de la majorité et du gouvernement de conserver leur ligne de défense face aux railleries des oppositions sur les 49.3 incessants. À savoir : à l’exception des textes budgétaires et même sans majorité absolue, tous les textes présentés au Palais Bourbon sont finalement passés - même dans la douleur. La réforme des retraites mettra-t-elle à mal cet argument ?


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