« Plateforme de concertation » pour lycéens : un nouveau « grand débat » façon gilets jaunes pour tenter d’étouffer le mouvement ?
Déjà à l’initiative de la répression policière de la mobilisation lycéenne, le gouvernement a sorti, mercredi 30 septembre, une autre carte de son chapeau pour tenter d’étouffer le mouvement : la création d’une « plateforme de concertation » suivie d'« un événement de restitution nationale »… à une date indéterminée. Si vous avez un sentiment de déjà-vu, cela n’a rien d’une coïncidence.
Face à une mobilisation sociale, la Macronie avance toujours sur deux jambes : répression et diversion. Les lycéens, qui dénoncent, depuis la semaine dernière, le manque de profs, de personnels, des classes surchargées ou encore des bâtiments parfois insalubres, ont payé pour le savoir. 85 élèves et 34 personnels de l’Éducation nationale – soit 119 personnes – ont été blessés depuis le début du mouvement, selon les chiffres livrés mercredi par le ministère de l’Éducation national, qui passe « en même temps » sous silence les violentes interventions policières.
Un lycéen a pourtant, le même jour, été gravement blessé à Tours. Un tir de LBD selon les témoins, assorti comme partout ailleurs de gazages et de charges contre les élèves. Au total, l’IGPN est déjà saisie de trois affaires.
La justification est toute trouvée, la responsabilité est renvoyée aux jeunes en colère, comme si la police n’avait pas pour mission de garantir le droit de manifester, protégé par la Constitution. « Aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence. Et en aucun cas des responsables politiques (…) ne sauraient légitimer une violence au carré », a ainsi lancé Emmanuel Macron, depuis Madrid lors d’une conférence de presse en compagnie du premier ministre Pedro Sanchez.
Le retour des cahiers de doléances façon Gilets jaunes
Une rhétorique, qui incrimine également les formations de gauche soutenant le mouvement, reprise ad nauseam par le pouvoir ces derniers jours. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est en première ligne de cette stratégie, le préfet de police ayant même annoncé avoir saisi la justice contre lui pour « provocation à commettre un délit ».
Mais ce n’est pas la seule carte que compte abattre le gouvernement pour tenter d’étouffer la mobilisation dans l’œuf. Pour que les lycéens « puissent retrouver la capacité à exprimer, dans un cadre démocratique organisé, leurs revendications », le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray a annoncé mercredi la création d’une « plateforme de concertation » lundi, ou mardi matin au plus tard. « Un événement de restitution nationale pour pouvoir apporter des réponses structurées » doit ensuite être organisé… à une date indéterminée.
Toute ressemblance avec les cahiers de doléances des Gilets jaunes (vite remisés au placard) et le grand débat qui s’en est suivi ne serait-elle que pure coïncidence ? L’expérience prouve bien que non tant la recette a, depuis, été de multiples fois utilisée entre convention citoyenne, concertation de « Saint-Denis », « conclave » sur les retraites… Avec toujours un même résultat : un exécutif qui maintient son cap « quoi qu’il en coûte ».
Il aura cette fois fort à faire alors que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a dû reconnaître que la mobilisation lycéenne faisait tache d’huile : 356 établissements partout en France mercredi, contre 338 mardi à la même heure. Les élèves sont appelés à un « acte II » ce jeudi tandis que des organisations étudiantes appellent à les rejoindre afin de revendiquer des moyens également pour l’enseignement supérieur et qu’une nouvelle journée de manifestation s’annonce pour le mardi 6 octobre.
Source: Humanite








