"On se battait pour 1,50 € d'essence, on est à 2,50"
Au rond-point du Cora, en Moselle, lieu emblématique de la révolte des gilets jaunes en 2018, certains militants de l'époque ont décidé de renfiler la chasuble. Huit ans après, la hausse des prix de l’énergie et des carburants reste au cœur de leur colère, alors que des lycéens se préparent eux aussi à manifester.
Le "rond-point du Cora" est de nouveau le lieu de rendez-vous indiqué sur les affiches, même si l'enseigne Cora a disparu, rachetée par Carrefour. Le point de repère reste ancré dans la mémoire collective.
Certains gilets jaunes y sont restés jusqu'à 600 jours, en 2018-2019. Juan, Nadia et Souad étaient des piliers du mouvement. Ils se souviennent de leur baraque de chantier, aménagée au fil des jours, où ils mangeaient et discutaient. "On a vraiment bricolé avec ce qu'on avait. Il faut savoir qu'on avait énormément de dons, des gens qui nous ramenaient du café, des gâteaux. On a quasiment tout payé avec, dont nos banderoles", racontent-ils.
"Les carburants, on en parlait déjà"
Aujourd'hui, Juan ressort ses anciennes banderoles. Sur l'une d'elles, on peut lire "Macron démission, contre l'augmentation des prix de l'énergie. Donc elle est d'actualité, estime-t-il. Le gaz et l'électricité, les carburants, on en parlait déjà. Et les salaires qui n'augmentent pas." Se mobiliser dans la rue, alors que les élections approchent, est-ce que ça vaut le coup ? Pour Nadia, oui. " Moi je pense, parce qu'il y en a qui ne sont pas politisés, ils vont comprendre que Macron a fait son temps. Il a fait dix ans, il n'a fait que de la merde. Il faut changer", estime-t-elle.
"Il faut être là pour montrer que le peuple est fatigué. C’est maintenant que la porte est ouverte."
Au lycée technologique et professionnel de Saint-Avold, certains élèves veulent eux aussi manifester. "Dans notre classe, il y a quand même pas mal de gens qui veulent manifester. Il y aura plein de monde parce que là, il y aura les lycéens, les anciens gilets jaunes, il y a les pompiers aussi qui manifestent. Il y a énormément de monde qui manifeste, donc je ne doute pas de ce qui va se passer. Je pense que ça va bloquer les routes, comme en 2018", témoigne l'un d'eux.
"On se battait pour 1,50 € d'essence, on est à 2,50"
Peggy, elle, a tout gardé sur son téléphone. Elle travaille dans une boulangerie juste en face du rond-point et, en 2018, elle était aux premières loges. Elle montre les vidéos des événements de l'époque. "J'ai tout gardé, j'arrive pas à les effacer", confie-t-elle. Huit ans après, elle comprend que les gens manifestent à nouveau. "On se battait pour 1,50 € d'essence, on est à 2,50 presque. C'est tout à fait normal que les gens manifestent. Il y a tout qui augmente. On se bat pour mettre de l'essence, pour venir travailler. Galère, quoi. C'est la preuve que rien n'a changé", juge-t-elle.
Ce qui a changé à Saint-Avold depuis 2018, c'est le député et le maire, tous deux issus du Rassemblement national. Ils n'ont pas répondu aux sollicitations de franceinfo. Christian Porta, syndicaliste et gilet jaune, adhérent de Révolution permanente, était candidat aux municipales l'an dernier. Il avait embarqué sur sa liste Souad, Nadia et Juan. Mais ils n'ont recueilli que 6% des voix.
Christian Porta constate une évolution chez certains anciens gilets jaunes. "Je vois dans les commentaires Facebook des anciens gilets jaunes, des personnes avec qui j'ai milité et fait des manifs, on a chanté des slogans ensemble, viennent te marquer : 'Vive le RN, vive Bardella !' Et ça, c'est vrai qu'il y a une bascule." Pour lui, les colères doivent se rassembler, au-delà des appartenances politiques.
"Quand vous allez à la pompe, on ne vous demande pas si vous êtes de gauche ou d’extrême droite."
"À la pompe, vous mettez les 2,50 €. Donc j'espère que les colères vont se rassembler. Que ce soit Mélenchon, Marine Le Pen ou Édouard Philippe, dans tous les cas, on va devoir se mobiliser pour obtenir quelque chose", estime-t-il. Pour Christian Porta, après le mouvement des lycéens et des étudiants, le véritable levier, désormais, c'est de bloquer les usines, comme en mai 68.
Julie Marie-Leconte
Radio France








